Nouveau couvre-feu et reconfinement, couac révélateur des flottements du gouvernement

Anthony Berthelier
·Journaliste au HuffPost
·4 min de lecture
Le nouveau couvre-feu, couac révélateur des flottements de la com' gouvernementale (photo d'illustration prise le 28 juillet) (Photo: STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)
Le nouveau couvre-feu, couac révélateur des flottements de la com' gouvernementale (photo d'illustration prise le 28 juillet) (Photo: STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

POLITIQUE - Pas “d’os à ronger” pour “le jeune Gabriel”, comme le pressentait Jean Castex au mois d’août , mais un frein assurément. C’est peut-être ce que s’est dit le Premier ministre, ce mardi 3 novembre au matin, à l’endroit du porte-parole du gouvernement lorsqu’il annonçait trop vite, en direct sur BFMTV, le retour du couvre-feu à Paris. En tout cas, les services de Matignon ont très rapidement rectifié le tir.

“Au regard des situations qui ont été observées, nous allons réinstaurer un couvre-feu sur Paris, peut-être l’Île-de-France”, expliquait Gabriel Attal peu avant 9 heures. Réponse de l’entourage du Premier ministre à l’AFP quelques minutes après: le couvre-feu n’est “absolument pas décidé à ce stade.”

Un peu plus tard dans la matinée, c’est Olivier Véran, en déplacement à Gennevilliers, qui précisait les mots de celui chargé de porter l’opinion et l’action du gouvernement.

“Le préfet nous a interrogés sur la possibilité de fermer les commerces à partir d’une certaine heure en soirée pour éviter les attroupements”, expliquait ainsi le ministre de la Santé lors d’un point presse informel, évoquant une “concertation avec les élus du territoire d’Île-de-France.”

La mairie de Paris fustige un “manque de sang-froid”

Du côté des élus locaux justement, certains dénoncent l’attitude “inconséquente”, “inconsidérée” du gouvernement à travers ce nouveau revirement.

Emmanuel Grégoire, le premier adjoint à la mairie de Paris s’est empressé de souligner, au micro de LCI, la gravité, à ses yeux, de telles contradictions. “La situation sanitaire est difficile pour tout le monde, elle impose de la clarté, elle impose de pouvoir communiquer de façon claire auprès de nos concitoyens”, a-t-il expliqué, alors qu’Anne Hidalgo engage, dans le même temps, un bras de fer avec le gouvernement sur la réouverture des libraires.

“Voir un porte-parole du gouvernement être immédiatement démenti par le Premier ministre est quand même quelque chose de rare et grave d’une certaine manière dans la crise que nous traversons”, a également estimé Emmanuel Grégoire, avant de trancher: “le porte-parole a manqué de sang-froid.”

Un conseiller de l’exécutif évoque de son côté “une maladresse” de la part de Gabriel Attal, tout en regrettant le “jeu politique” des opposants, alors que “nous avons besoin d’unité pour avancer dans cette crise sanitaire la plus importante de ces dernières décennies”. “Ils savent très bien que si on décide du couvre-feu, ce sera en concertation avec eux”, évacue cette source.

Mais au-delà de ce couac, force est de constater que la communication gouvernementale n’est pas des plus lisibles depuis l’amorce de la seconde vague épidémique.

Quand Castex s’impose en première ligne

Alors que le ressentiment enfle chez les élus locaux et les commerçants, Jean Castex doit déjà éteindre une autre polémique, en publiant dans la journée un décret sur la liste des produits pouvant être vendus en grande surface. Un décret qui viendra préciser un autre décret, après plusieurs jours de contestation et de valse-hésitation au sein du gouvernement.

Le Parisien expliquait d’ailleurs, mardi, que le week-end de négociations entre les ministres, les grandes surfaces et les petits commerces a abouti à une petite cacophonie interne. Jean Castex aurait ainsi demandé à Bruno Le Maire d’annuler son entretien au journal télévisé de France 2 samedi, pour “montrer que c’est lui qui a la main sur les annonces”, selon un “pilier de l’exécutif” cité par le quotidien.

“Le besoin d’adaptation est normal”

Le ministre de l’Économie s’est exécuté. Mais il a malgré tout maintenu son passage le lendemain, à la mi-journée, dans une émission politique et quelque peu court-circuité celui du Premier ministre au 20h de TF1, en annonçant la fermeture de certains rayons dans les grandes surfaces.

Circulez, il n’y a rien à voir, assure-t-on au plus au sommet de l’État. “Dans une crise pareille, le besoin d’adaptation dans le dialogue est normal. C’est ce qui s’est passé ce week-end avec les commerçants. On est dans le dialogue”, assure-t-on en haut lieu.

Un flottement qui en rappelle un autre dans cette gestion sanitaire. Le 11 septembre dernier, alors que le Conseil scientifique appelait déjà ”à des décisions difficiles” pour juguler la reprise épidémique, Jean Castex prenait la place de son ministre de la Santé pour une prise de parole très scrutée.

Au final, le Premier ministre avait mis un terme à cette journée d’attente par un discours bref, sans annonce, hormis le passage de la quatorzaine d’isolement des personnes malades à une septaine. Quelques semaines plus tard, c’est le couvre-feu qui était annoncé.

À voir également sur Le HuffPost: Coronavirus: les lycéens filment leur rentrée dans des conditions inquiétantes

LIRE AUSSI:

"Tous anti-Covid" génère une attestation de sortie ultra-rapide

Covid-19: pour Olivier Véran, le confinement est respecté

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.