Les Néerlandais disent "non" à l'accord entre l'UE et l'Ukraine

par Thomas Escritt et Anthony Deutsch
Répétition. A Utrecht. Le "non" l'a emporté mercredi lors du référendum néerlandais sur l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine, selon des résultats provisoires qui donnent le "non" à 64% des suffrages et la participation légèrement supérieure aux 30% nécessaires pour que le scrutin soit validé. L'accord, qui porte sur le commerce, la politique et la défense, est déjà en place à titre provisoire mais les Pays-Bas sont le seul pays à ne l'avoir toujours pas ratifié. /Photo prise le 6 avril 2016/REUTERS/Michael Kooren

par Thomas Escritt et Anthony Deutsch

AMSTERDAM (Reuters) - Le "non" l'a largement emporté mercredi lors du référendum aux Pays-Bas sur l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine, selon les résultats publiés jeudi, qui pourraient remettre en question la ratification du traité, voire la survie du gouvernement néerlandais.

Le "non" a recueilli 64% des voix et la participation a atteint 32%, un niveau particulièrement bas pour le pays mais légèrement supérieur au seuil de 30% nécessaires pour que le scrutin soit validé.

L'accord, qui porte sur le commerce, la politique et la défense, est déjà en place à titre provisoire mais il doit être ratifié par les 28 Etats membres de l'UE pour avoir pleine force légale. Les Pays-Bas sont le seul pays à ne l'avoir toujours pas ratifié.

Le référendum de mercredi n'est que consultatif et malgré la victoire du "non", le gouvernement néerlandais n'est théoriquement pas tenu de bloquer le traité au niveau européen.

Le Premier ministre Mark Rutte a déjà signé l'accord mais il va lui être difficile de ne pas tenir compte de l'opinion de ses concitoyens au moment de le faire ratifier, d'autant que sa coalition est minoritaire au Sénat.

"Si la participation dépasse 30% et que le camp du 'non' l'emporte avec une marge importante, alors mon sentiment est que la ratification ne peut tout simplement pas se poursuivre", a déclaré Mark Rutte à la télévision.

En visite à Tokyo, le président ukrainien Petro Porochenko a estimé que Kiev devait "prendre en considération" ce résultat, tout en relativisant son importance.

"Nous allons continuer à nous rapprocher de l'Union européenne", a-t-il assuré jeudi.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a fait part de sa "tristesse" après ce référendum, tout en rappelant que ce résultat ne remettait pas en cause l'accord avec Kiev. "La Commission reste toujours aussi déterminée à renforcer ses relations avec l'Ukraine", a déclaré son porte-parole, Margaritis Schinas.

LE GOUVERNEMENT MENACÉ?

Pour le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, les électeurs néerlandais ont clairement exprimé lors de ce référendum leur "méfiance" envers l'accord d'association UE-Ukraine.

Selon certains commentateurs politiques, le résultat du scrutin de mercredi pourrait entraîner la chute du gouvernement Rutte, très impopulaire, et la convocation d'élections anticipées. Les prochaines législatives sont pour le moment programmées au plus tard en mars 2017.

Le principal adversaire de Mark Rutte, l'eurosceptique et islamophobe Geert Wilders, dont la popularité est au plus haut sur fond de crise migratoire en Europe, a estimé que le résultat du référendum marquait "le début de la fin" pour le gouvernement comme pour l'Union européenne sous sa forme actuelle.

"Si deux tiers des électeurs disent 'non', cela s'appelle un vote de défiance du peuple contre les élites de Bruxelles et La Haye (siège du gouvernement, NDLR)", a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Appliquer le traité malgré le "non" néerlandais renforcerait de fait les critiques sur le déficit démocratique reproché à l'UE, dont les Pays-Bas assurent la présidence tournante jusqu'au 30 juin, et pourrait conforter les partisans britanniques d'un Brexit à deux mois et demi du référendum du 23 juin.

Durant la campagne référendaire, les partisans de l'accord signé avec Kiev ont souligné qu'un rejet serait une victoire symbolique pour Vladimir Poutine, qui soutient les séparatistes prorusses de l'Est ukrainien.

Ces séparatistes sont accusés d'avoir détruit en vol en juillet 2014 un avion de ligne de la Malaysia Airlines qui transportait 298 passagers et membres d'équipage, dont près de 200 Néerlandais.

Le référendum de mercredi est le fruit d'une initiative populaire rendue possible par la loi depuis l'année dernière. Des groupes eurosceptiques sont à l'origine de la pétition qui a réuni suffisamment de signatures pour contraindre le gouvernement à organiser cette consultation.

(Avec Toby Sterling à Amsterdam, Elaine Lies à Tokyo, Philip Blenkinsop et Barbara Lewis à Bruxelles, Maria Tsvetkova à Moscou; Patrick Vignal, Tangi Salaün et Guy Kerivel pour le service français)

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