Le service national universel explore des voies de traverse

par Sophie Louet
Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux (photo), a souligné mardi sur Radio Classique que le SNU serait "obligatoire" pour tenter de couper court aux divergences d'interprétation au sein du gouvernement, la ministre des Armées Florence Parly ayant parlé d'un service non obligatoire avant de le qualifier lundi de non "facultatif". /Photo prise le 22 janvier 2018/REUTERS/Thibault Camus

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Le projet de "service national universel" qu'Emmanuel Macron est déterminé à mettre en oeuvre se vide de sa substance au fil des évaluations, s'orientant d'un ersatz de conscription militaire à un "parcours citoyen" empruntant les voies civiques existantes.

Après un premier rapport défavorable - non publié - des cinq inspections générales (administration, armées, finances, éducation, jeunesse et sports), la mission d'information de l'Assemblée sur le "SNU" avance une série de préconisations contredisant la volonté de l'exécutif de conférer un caractère obligatoire à cet engagement électoral de mars 2017.

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a souligné mardi sur Radio Classique que le SNU serait "obligatoire" pour tenter de couper court aux divergences d'interprétation au sein du gouvernement, la ministre des Armées Florence Parly ayant parlé d'un service non obligatoire avant de le qualifier lundi de non "facultatif".

Selon le rapport parlementaire, dont des extraits ont été dévoilés mardi par France Inter et Le Monde et dont Reuters a eu connaissance, les élus, pour des raisons budgétaires notamment, privilégient une amélioration des "dispositifs existants" avec trois étapes essentiellement sur la base du volontariat.

"La contrainte serait contre-productive" et "il ne faudrait pas que la mise en place du service national universel ait pour conséquence, pour des raisons budgétaires, de rayer d'un trait de plume les programmes utiles", écrivent les rapporteures Marianne Dubois (Les Républicains) et Emilie Guerel (La République en Marche).

Une première étape, dédiée aux 11-16 ans, de la sixième à la troisième, prendrait la forme d'une "semaine annuelle de la Défense et de la citoyenneté", obligatoire, au même moment au sein des établissements scolaires.


L'ARMÉE N'EST PAS "UN CENTRE ÉDUCATIF"

La deuxième étape serait "un rite de passage" pour les jeunes de 16 ans : une semaine soit en internat pendant les vacances scolaires, soit en "immersion" au sein des armées, d'une association, d'une collectivité. Un "passeport de défense et de citoyenneté" serait délivré à l'issue de cette période.

La dernière étape s'adresserait aux 16-25 ans pour les "inciter" à s'engager dans des cadres existants, comme le service civique créé en 2010, avec à la clé des aides financières (logement, transports...) et des bonifications universitaires ou professionnelles.

Les auteurs écartent le rôle prépondérant dévolu en théorie aux armées, ce qui n'est pas pour déplaire aux militaires, très perplexes depuis le début sur ce "creuset" citoyen. "Ce n'est pas notre vocation, on ne peut pas être une armée de combat et un centre éducatif", tranche une source militaire.

La promesse d'un "service militaire obligatoire et universel d'un mois" s'est ajoutée sur le tard, en mars 2017, au programme d'Emmanuel Macron. Elle visait les "jeunes femmes et hommes aptes de toute une classe d’âge", dans les trois ans suivant leur 18e anniversaire, soit 600.000 à 800.000 jeunes. Le candidat d'En Marche évoquait alors "une expérience directe de la vie militaire, de ses savoir-faire et de ses exigences."


QUERELLE SÉMANTIQUE

Plusieurs sources politiques, à l'époque, avaient souligné l'influence du centriste François Bayrou, qui avait scellé une alliance avec Emmanuel Macron en février 2017 après avoir plaidé dans son livre-programme, "Résolution française", pour un "service civique universel", "idéalement au sortir de l'enseignement secondaire" afin "d'organiser un brassage".

"'Obligatoire', je ne sais pas ce que c'est. Parlons d'un service universel, un engagement personnel de tous sur le fondement des valeurs de la République", a déclaré mardi à des journalistes Jean-Jacques Bridey, président (LaRem) de la commission de la Défense de l'Assemblée.

"On peut toucher 600.000 jeunes d'une classe d'âge, compte tenu de ceux qui seront exemptés. Beaucoup d'adultes, issus de la réserve, du milieu associatif, pourraient encadrer."

"National, obligatoire, universel", a insisté Benjamin Griveaux, qui a refusé de se prononcer sur les modalités techniques, notamment la question de l'hébergement des jeunes.

Le premier rapport "enterré", assurent plusieurs sources parlementaires, quel sort sera réservé au rapport d'information, qui sera finalement présenté mercredi. Le SNU "ne pourra être une réussite que s'il emporte l'adhésion des jeunes", préviennent les deux députées.

Emmanuel Macron a d'ores et déjà signifié qu'il se prononcerait sur la base des conclusions d'un groupe de travail attendues fin avril. Le coût annuel de l'opération, vouée à une première expérimentation début 2019, oscille selon les estimations entre deux et trois milliards d'euros.


(Edité par Yves Clarisse)