Le justificatif de déplacement scolaire, un problème de plus à régler pour les directeurs d'école

Marine Le Breton
·Journaliste au HuffPost
·5 min de lecture
Le justificatif de déplacement scolaire est téléchargeable sur le site du ministère de l'Éducation (capture d'écran). (Photo: Ministère de l'Éducation)
Le justificatif de déplacement scolaire est téléchargeable sur le site du ministère de l'Éducation (capture d'écran). (Photo: Ministère de l'Éducation)

ÉDUCATION - Les attestations de sortie font leur grand retour. Avec une nouveauté pour ce reconfinement: les établissements scolaires restant ouverts, les parents devront se munir aussi d’une attestation de déplacement scolaire afin de pouvoir emmener leurs enfants à l’école.

Annoncé jeudi 29 octobre par Jean-Michel Blanquer lors d’une conférence de presse à Matignon, ce justificatif sème la confusion auprès de certains directeurs d’école. Ceux-ci, en effet, “rempliront ces attestations. Elles doivent être signées et tamponnées par les établissements pour être valides”, a indiqué le ministère de l’Éducation nationale.

Auprès du HuffPost, le ministère a précisé la marche à suivre. “L’attestation de déplacement scolaire” est une sorte de “carte d’identité de l’élève”, selon les mots du ministère, qu’il va devoir garder en permanence sur lui: “c’est vraiment pour l’élève, nommément.” Ce document, qui devra être tamponné et signé par l’établissement pour être valable, n’a pas vocation à être renouvelé. Les collégiens, lycéens et écoliers pourront donc garder le même tout au long du confinement.

Officiellement, le ministère préconise “la simplicité pour tout le monde. On sait que ce n’est pas facile pour les directeurs d’établissement, ils ont plein de choses à gérer. Ils sont fatigués du précédent déconfinement, de la rentrée éprouvante. Ils connaissent plusieurs crise en même temps, les attentats avec le plan Vigipirate renforcé, l’hommage à Samuel Paty à organiser dans le respect des règles sanitaires. On a conscience que c’est compliqué mais on leur fait totalement confiance. On est là pour les aider, on ne va pas les accabler.”

Tout le monde n’est pas de cet avis. Marie-Hélène Plard, directrice d’école maternelle à Pantin est visiblement à bout. Contactée par Le HuffPost, elle indique n’avoir “reçu aucune information de la part de ma hiérarchie, sur que faire ou ne pas faire, remplir tel ou tel document”.

“Inenvisageable”

Avec 134 élèves dans son école, elle ne voit pas comment remplir, ni même simplement tamponner, une attestation pour chaque élève. “Cela me semble inenvisageable”, regrette-t-elle. “Surtout dans un contexte où il faut mettre en place un nouveau protocole sanitaire.”

Un nouveau protocole sanitaire, oui, mais aussi l’hommage qui doit être rendu à Samuel Paty, le passage du plan Vigipirate au niveau le plus élevé... La rentrée des vacances de la Toussaint se fait définitivement dans un contexte inédit et très difficile.

“Tout s’accumule, on ne va que d’ordre en contre-ordre. Je ne sais pas quoi dire aux parents. Je n’ai plus l’énergie de mars dernier, aujourd’hui je ne ressens que de la lassitude. Alors lundi, on va faire comme on peut, et on adaptera au fil du temps”, poursuit la directrice, qui se réjouit toutefois de l’ouverture des établissements scolaires malgré le reconfinement.

Pour certains points du protocole, le ministère de l’Éducation sera souple et n’attend pas des directeurs et proviseurs que tout soit effectif dès lundi 2 novembre. C’est le cas du “brassage entre classes” qui doit ”être pleinement opérationnelle au plus tard le 9 novembre”, selon un communiqué officiel.

Justificatif envoyé en un clic

Françoise*, elle, ne pèse pas ses mots: elle en a “ras le bol” de recevoir des informations de dernière minute. Directrice d’une petite école rurale d’une cinquantaine d’élèves, elle a pris les devants en ce qui concerne l’attestation scolaire. “Je ne sais pas si c’est dans l’esprit, mais j’ai téléchargé l’attestation, j’y ai collé ma signature ainsi que l’autorisation de l’école et je l’ai envoyé à toutes les familles”, indique-t-elle auprès du HuffPost. Grâce à une application via laquelle elle communique avec tous les parents d’élèves, cela ne lui a au final pris qu’un clic. “Ce serait la même chose si j’avais 800 élèves”, souligne-t-elle.

Quant au protocole sanitaire, certains aspects lui semblent réellement compliqués à mettre en place, notamment en ce qui concerne les récréations, qui devront être organisées par groupes. Mais, comme Marie-Hélène, elle se dit contente que “les écoles restent ouvertes”. Et surtout, que les élèves, à partir de 6 ans, portent le masque.

L’inquiétude liée au nouveau protocole sanitaire

En ce qui concerne les attestations scolaires, Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du Syndicat National des Personnels de Direction de l’Éducation Nationale (SNPDEN) et proviseur du lycée Berlioz à Vincennes, tempère: “ce n’est pas le plus compliqué des problèmes. Un justificatif est disponible sur le site du ministère de l’intérieur, c’est un peu lourd techniquement, mais je pense qu’on pourra les remplir”. Il concède que pour les directeurs d’école, “c’est plus difficile, car ils sont seuls et n’ont pas forcément le moyen de remplir les attestations automatiquement”. Lui se dit plus inquiet des “aménagements à mettre en place pour respecter au mieux le protocole”.

Ce nouveau protocole sanitaire renforcé qui va être mis en place dans les établissements scolaires “permettra l’accueil de tous les élèves, à l’école, au collège et au lycée”, a assuré jeudi le ministre de l’Éducation. L’ouverture des écoles pendant le confinement, sur le modèle irlandais, devrait permettre aux parents de mieux conjuguer confinement et vie professionnelle qu’au printemps, mais, surtout, d’éviter le décrochage scolaire.

* Le nom a été changé.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.