Le Hamas assouplit sa doctrine politique envers Israël

par Tom Finn
Lors d'exercices militaire du Hamas à Gaza. Le Hamas, groupe islamiste palestinien, a retiré de ses professions de foi la destruction de l'Etat d'Israël et a renoncé à sa collaboration avec l'organisation des Frères musulmans. /Photo d'archives/REUTERS/Mohammed Salem

par Tom Finn

DOHA (Reuters) - Le Hamas a assoupli lundi sa position envers Israël, dont il n'appelle plus à la destruction, mais le mouvement islamiste palestinien dénie toujours le droit à l'existence de l'Etat hébreu et maintient sa "lutte armée" contre lui.

Dans un nouveau programme politique rendu public à Doha, le Hamas annonce en outre la fin de sa collaboration avec les Frères musulmans, organisation dont il était issu lors de sa création il y a quarante ans..

Cette évolution de la doctrine politique du mouvement islamiste paraît répondre à la volonté d'apaiser ses relations avec les Etats arabes du Golfe et aussi avec l'Egypte, pays où la confrérie est considérée comme une organisation terroriste hors la loi.

Elle s'apparente en outre à un geste à l'attention des Occidentaux. Les Etats-Unis et l'Union européenne estiment que le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza depuis dix ans, est une formation terroriste.

"Nous ne cherchons pas à diluer nos principes mais nous voulons être ouverts", a déclaré le chef politique du mouvement, Khaled Mechaal, en rendant public ce document. "Nous espérons que cela marquera un changement de position des pays européens envers nous".

Il s'agit aussi d'un geste de réconciliation adressé à l'Autorité palestinienne, dont le président, Mahmoud Abbas, sera reçu mercredi par le président Donald Trump à la Maison blanche.

Le Hamas annonce en effet accepter pour la première fois l'établissement d'un Etat palestinien de transition limité aux frontières héritées de la guerre des Six-Jours en 1967.

Ce découpage est celui prôné par le Fatah de Mahmoud Abbas. L'Autorité palestinienne est engagée sur cette base dans des négociations avec Israël bien que ces pourparlers soient dans l'impasse depuis trois ans.

"Le Hamas lutte pour la libération de toute la Palestine mais est disposé à soutenir un Etat dans les frontières de 1967, sans toutefois reconnaître Israël ou céder le moindre droit", a déclaré Khaled Mechaal lors d'une conférence de presse.

Au terme du conflit éclair mené il y a cinquante ans contre les pays arabes, Israël avait occupé Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. L'Etat hébreu s'est retiré de la bande de Gaza en 2005.

NOUVELLE CHARTE ?

Le Fatah a réagi pour le moins tièdement.

Son porte-parole, Oussama al Kaouasme, a fait remarquer qu'il a fallu trois décennies au Hamas pour adopter la même position que le Fatah sur cette question.

"Le Hamas devrait s'excuser pour nous avoir accusés de trahison pendant trente ans", a-t-il déclaré.

Le document publié lundi rejette toujours le droit d'Israël à exister et soutient la "lutte armée" contre l'Etat hébreu. On ignore s'il remplace la charte du Hamas, qui date de 1988.

Khaled Mechaal a dit qu'il inspirerait "l'activité politique quotidienne du Hamas" dont le combat n'est pas d'ordre religieux mais contre ce qu'il a appelé "les agresseurs sionistes".

Israël a réagi avec scepticisme à ces changements.

"Le Hamas tente de tromper le monde mais il n'y parviendra pas", a jugé David Keyes, porte-parole du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. "Ils construisent des tunnels terroristes et ont tiré des milliers de missiles contre des civils israéliens. C'est ça le véritable Hamas", a-t-il ajouté.

Le Hamas a livré trois conflits armés contre Israël depuis 2007 et a mené des centaines d'attaques contre le territoire israélien et dans les territoires occupés.

S'agissant des Frères musulmans, les Etats-Unis, mais aussi certains de leurs alliés au Proche-Orient, comme l'Egypte, les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite, les considèrent comme une organisation terroriste.

Ils ont été écartés du pouvoir en Egypte par l'armée qui a chassé en juillet 2013 leur représentant Mohamed Morsi, qui avait été démocratiquement élu président.

(Avec Maayan Lubell à Jérusalem, Nidal al Mughrabi à Gaza et Ali Sawafta à Ramallah, Pierre Sérisier et Gilles Trequesser pour le service français)

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