Le communiqué du G20, un revers pour Berlin

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble. Les divergences apparues sur le commerce mondial à la réunion du G20 ce week-end constituent un risque pour la croissance de puissances exportatrices comme l'Allemagne, qui a subi en outre un revers diplomatique en tant que pays hôte, estiment des économistes dimanche. /Photo prise le 18 mars 2017/REUTERS/Kai Pfaffenbach

BADEN BADEN (Reuters) - Les divergences apparues sur le commerce mondial à la réunion du G20 ce week-end constituent un risque pour la croissance de puissances exportatrices comme l'Allemagne, qui a subi en outre un revers diplomatique en tant que pays hôte, estiment des économistes dimanche.

Réunis pour deux jours à Baden Baden, les ministres des Finances et banquiers centraux du G20 ne sont pas parvenus à dégager une position commune sur le libre-échange, faute de soutien de la nouvelle administration américaine.

Au lieu de la formule habituelle appelant à résister à "toutes les formes de protectionnisme", le communiqué de samedi contient seulement l'engagement des participants à oeuvrer ensemble pour maintenir la contribution du commerce international à leur économie.

"La faible formulation sur le commerce constitue une défaite pour la présidence allemande du G20", a déclaré à Reuters Gabriel Felbermayr, économiste à l'institut Ifo.

"Cela est particulièrement vrai à la lumière du fait que l'Allemagne est l'une des principales nations exportatrices du monde et dépend comme pratiquement aucun autre pays de l'ouverture des marchés pour maintenir sa prospérité."

La consommation privée et les dépenses publiques sont devenues les principaux moteurs de la croissance allemande, mais l'export représente toujours 45% du produit intérieur brut de la première puissance d'Europe.

"L'absence de rejet du protectionnisme rompt clairement avec la tradition. Maintenant tout est possible", a ajouté Gabriel Felbermayr, citant pêle-mêle une montée des protectionnismes et un affaiblissement de l'organisation mondiale du Commerce (OMC).

L'Association allemande des chambres de commerce et d'industrie (DIHK) a de son côté évoqué un grave revers pour le commerce multilatéral.

"Cela a valeur d'avertissement pour tous les pays portés sur le commerce et donc aussi pour l'Allemagne", a dit Volker Treier, l'un de ses économistes.

"L'économie allemande doit s'adapter au fait que 'l'Amérique d'abord' signifiera une perte pour nous. Au lieu d'une situation gagnant-gagnant, on aura probablement une situation perdant-perdant", a-t-il dit à Reuters.

Le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel a suggéré que l'Union européenne renforce ses liens économiques avec l'Asie si l'administration Trump confirmait son penchant isolationniste.

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble s'est efforcé de relativiser les divergences au G20, affirmant que certaines délégations à Baden Baden n'avaient pas un mandat pour s'engager sur le sujet.

L'Allemagne a réussi toutefois à faire réapparaître certaines expressions favorables au libre-échange dans un document séparé également adopté samedi et qui énumère des recommandations aux gouvernements pour qu'ils renforcent la résilience de leurs économies face à des chocs futurs.

Un haut responsable du G20 a assuré que ces principes de résilience étaient probablement plus importants que le communiqué principal car la liste sera adoptée par les chefs d'Etat et de gouvernement lors de leur sommet de juillet à Hambourg, tandis que le communiqué de Baden Baden n'était qu'une "photographie d'aujourd'hui".

"La présidence allemande du G20 n'est pas finie. Il revient maintenant aux chefs d'Etat et de gouvernement d'envoyer un signal clair lors du sommet de Hambourg", confirme Volker Treier (DIHK).

(Michael Nienaber, Véronique Tison pour le service français)

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