A Hambourg, le chef de la diplomatie turque critique l'Allemagne

par Michael Hogan et Humeyra Pamuk
Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu(photo), a tenu mardi une réunion publique à Hambourg pendant laquelle il a accusé Berlin de vouloir empêcher les Turcs vivant en Allemagne de faire campagne pour le référendum du mois prochain visant à donner plus de pouvoirs au président turc Recep Tayyip Erdogan. /Photo prise le 3 février 2017/REUTERS/Henry Romero

par Michael Hogan et Humeyra Pamuk

HAMBOURG, Allemagne (Reuters) - Le ministre turc des Affaires étrangères a tenu mardi une réunion publique à Hambourg pendant laquelle il a accusé Berlin de vouloir empêcher les Turcs vivant en Allemagne de faire campagne pour le référendum du mois prochain visant à donner plus de pouvoirs au président turc Recep Tayyip Erdogan.

Mevlut Cavusoglu s'exprimait à la résidence du consul général de Turquie à Hambourg après la fermeture par les autorités allemandes du lieu où le meeting était prévu à l'origine au motif qu'il n'était pas doté de système de détection d'incendie.

Le gouvernement turc accuse l'Allemagne de vouloir empêcher la tenue de réunions publiques de ce genre où doivent s'exprimer un certain nombre de ministres et de responsables turcs dans le cadre de la campagne menée par Ankara à l'étranger en vue du référendum constitutionnel organisé en Turquie le 16 avril.

"C'est de l'obstruction systématique et l'Allemagne fait systématiquement pression sur nos ressortissants; c'est inacceptable", a déclaré le chef de la diplomatie allemande.

"Nous avons toujours voulu voir l'Allemagne comme un ami mais la position systématiquement anti-turque de l'Allemagne ne cadre pas avec notre amitié", a-t-il ajouté.

Son discours a été ponctué de slogans lancés par le public comme "Recep Tayyip Erdogan, ce pays est fier de toi", ou encore "Reste droit, ne te courbe pas, le pays est avec toi" ou encore "Allah Akbar" ("Dieu est le plus grand").

"DÉGAGE!"

Près du consulat, une centaine de manifestants ont lancé des slogans anti-Erdogan tandis que certains criaient : "Cavusoglu, dégage !"

Les relations entre la Turquie et ses alliés européens de l'Otan se sont nettement détériorées depuis le coup d'Etat manqué de juillet dernier en Turquie. Ankara a accusé Berlin et d'autres capitales d'avoir été lentes à condamner la tentative de putsch.

"L'Allemagne ne devrait pas essayer de nous donner des leçons de démocratie et de respect des droits de l'homme", a lancé Mevlut Cavusoglu mardi soir à l'attention du gouvernement de la chancelière Angela Merkel. "Nous n'avons jamais interféré dans la politique allemande. L'Allemagne ne doit pas s'ingérer dans nos affaires politiques ni dans notre référendum."

Berlin, a-t-il dit, "bloque" les partisans d'Erdogan pour le référendum et "soutient" ceux qui sont contre le nouveau système présidentiel voulu par le chef de l'Etat turc.

Le vote des Turcs vivant en Allemagne - ils seraient 1,5 million en âge de voter - pourrait être décisif pour que la réforme voulue par le président Erdogan soit adoptée le mois prochain.

Les relations entre Berlin et Ankara se sont encore envenimées en fin de semaine dernière après l'annulation par les autorités allemandes d'une série de réunions publiques prévues par les responsables turcs sur le territoire allemand, pour certaines à la dernière minute.

Dimanche, Recep Tayyip Erdogan a estimé que de telles pratiques ne différaient en rien de celles de la période nazie, s'attirant une réaction outrée de l'Allemagne dès le lendemain.

(Avec Humeyra Pamuk à Istanbul; Gilles Trequesser et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse)

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages