Election en Azerbaïdjan: victoire du parti au pouvoir, l'opposition dénonce des fraudes

Elman MAMEDOV
Election en Azerbaïdjan: victoire du parti au pouvoir, l'opposition dénonce des fraudes

Bakou (AFP) - Le parti au pouvoir en Azerbaïdjan a emporté sans surprise les législatives anticipées dimanche selon des sondages à la sortie des urnes, l'opposition dénonçant de son côté de vastes fraudes et un scrutin ne visant qu'à renforcer l'emprise du président Ilham Aliev sur ce pays du Caucase riche en pétrole.

Le parti de M. Aliev, Yeni ("Nouveau") Azerbaïdjan, a emporté 69 sièges sur 125 au Parlement, selon les sondages.

Le pouvoir azerbaïdjanais avait promis une élection démocratique, mais les formations d'opposition ont accusé le gouvernement d'avoir entravé leur campagne et plusieurs d'entre elles ont boycotté le vote.

"Les élections ont été totalement falsifiées", a déclaré l'opposant Arif Gadjily, du parti Musavat, dénonçant des bourrages d'urnes à grande échelle et des pratiques de vote multiple.

Confronté au mécontentement engendré par le ralentissement économique, le président Aliev a voulu, selon ses détracteurs, améliorer son image en organisant des législatives anticipées afin de remplacer la vieille garde du régime par une nouvelle génération tout aussi loyale au pouvoir.

La commission électorale centrale doit commencer à publier les premiers résultats dimanche soir. Deux heures avant la fermeture des bureaux de vote, le taux de participation approchait 45%, selon des chiffres officiels.

L'un des leaders de l'opposition, Gulaga Aslanly, du parti Musavat, a lui aussi dénoncé dimanche des "violations électorales massives". Il a également mentionné des "obstacles" et pressions sur des observateurs électoraux mis à l'écart du décompte des bulletins, ainsi que des problèmes avec certaines listes "où apparaissent des électeurs décédés".

A Bakou, une vidéo a montré le président Ilham Aliev, 58 ans, allant voter tout sourire avec sa famille. Il dirige d'une main de fer cette ex-république soviétique depuis qu'il a succédé à son père en 2003.

Pour Ilgar Gasymov, chauffeur de taxi et électeur de 58 ans à Bakou, "seule l'opposition est attentive aux problèmes des gens ordinaires".

Vafa Alekperova, enseignante de 43 ans, a voté à l'inverse en faveur du pouvoir pour "un avenir meilleur".

Selon l'analyste Anar Mamedli, la colère des Azerbaïdjanais est de plus en plus prégnante dans ce pays de neuf millions d'habitants.

"Aliev a choisi d'organiser des élections avec huit mois d'avance car il craint que l'esprit protestataire ne grandisse", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Le remaniement gouvernemental et les élections anticipées ont le même objectif, prolonger le règne d'Aliev", ajoute l'expert.

Très dépendant de ses exportations de pétrole, l'Azerbaïdjan a souffert de la baisse du prix du baril. Après la chute de ce dernier en 2014, la monnaie nationale a perdu la moitié de sa valeur et le pays a connu la récession et une inflation à deux chiffres. La situation s'est stabilisée mais la croissance stagne désormais autour de 1-2%.

- Contrôle sans partage -

Ilham Aliev veut préserver son contrôle sans partage, accuse l'opposition. Il a placé sa femme Mehriban au poste de première vice-présidente du pays en février 2017, et leur fils, Heydar, âgé d'une vingtaine d'années, est vu comme son possible successeur.

S'il est critiqué par l'opposition et les défenseurs des droits de l'Homme, le président Aliev est loué par ses partisans pour avoir, grâce à la manne des hydrocarbures, transformé et modernisé l'Azerbaïdjan en une puissance énergétique indépendante.

Une dirigeante du parti au pouvoir, Bahar Mouradova, a assuré que les autorités avaient tout fait pour que les élections "se tiennent dans un environnement démocratique".

Des assurances rejetées par l'opposition. "Ce sera une imitation d'élection", avait lancé Ali Karimli, dirigeant du Front populaire qui boycottait le scrutin.

Un autre opposant, Issa Gambar, du parti Moussavat, a également dénoncé les restrictions très sévères au droit de manifester en Azerbaïdjan, où "les gens sont arrêtés et torturés".

Plus de 1.300 candidats de 19 partis se présentaient pour se partager les 125 sièges du parlement monocaméral, le Milli Majlis.

Aucune élection depuis l'arrivée au pouvoir d'Ilham Aliev n'a été reconnue comme libre et démocratique par les missions d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui disposait cette fois-ci encore de 350 observateurs dans le pays.