L'avenir politique des auteurs de violences embarrasse les partis

Quel avenir politique pour les auteurs de violences sexistes ou sexuelles ? Alors qu'Adrien Quatennens, condamné pour violences conjugales, a fait un retour controversé à l'Assemblée nationale cette semaine, la question plonge dans l'embarras l'ensemble des partis politiques.

Damien Abad (Renaissance), accusé de viols, Jérôme Peyrat (Renaissance) et Hervé Juvin (RN) condamnés pour violences conjugales, Éric Coquerel (LFI) objet d'une enquête pour "gestes déplacés", Nicolas Hulot, visé par deux plaintes pour viol pour des faits prescrits et plusieurs témoignages d'agression sexuelle...: tous les camps politiques sont concernés.

Les réponses apportées par les partis divergent cependant. Le PS par exemple n'investit plus des hommes accusés de faits de violences, le RN a exclu de son groupe l'eurodéputé Hervé Juvin.

Mais LFI a gardé dans le sien Éric Coquerel et Renaissance Damien Abad car il n'a pas été condamné par la justice.

Et ce, alors que la présidente du groupe, Aurore Bergé, critique vertement la décision de La France insoumise de n'exclure que pendant quatre mois de ses rangs Adrien Quatennens, condamné à quatre mois de prison avec sursis.

Son groupe a d'ailleurs déposé cette semaine une proposition de loi visant à créer une peine obligatoire d'inéligibilité pour les élus reconnus coupable par la justice de violences notamment intrafamiliales.

- Silence, gêne, interrogations -

Au PS, la sénatrice Laurence Rossignol est également favorable à une peine d'inéligibilité "automatique" en cas de condamnation pour violences sexistes et sexuelles (VSS).

Mais peu de politiques s'expriment sur le cas des hommes qui ne sont que poursuivis ou qui ont bénéficié de la prescription, qu'il y ait ou non des témoignages solides de victimes.

Silence à droite, gêne au centre. Seules des personnalités de gauche osent interroger la possibilité de "poser des règles communes", selon les mots de Mme Rossignol.

Ou en tout cas de se doter, parti par parti, d'un "mode de traitement des violences qui soit à la fois conforme au droit et efficace": un "processus" qui prévoirait notamment des "sanctions appropriées" et des "délais" pour revenir, détaille la militante féministe Caroline de Haas, regrettant la constante d'une "gestion de crise" quand une affaire est dévoilée.

Pour elle, la justice pénale, invoquée par la majorité présidentielle mais aussi par la droite et l'extrême droite comme unique doctrine, ne peut suffire car "dysfonctionnelle" avec une écrasante majorité de plaintes classées sans suite.

"Il y a plein de moyens de sanctionner" hors du pénal. "Un enfant au collège qui tient un propos sexiste peut se prendre un mot dans son carnet. C'est une sanction et ça n'a rien à voir avec le pénal", explique-t-elle.

- Bon échelon -

Une entreprise par exemple a l'obligation de mettre en place un protocole pour prévenir et éventuellement sanctionner des faits de violences sexistes et sexuelles.

"Il ne peut rien se passer de plus grave pour l'employeur en entreprise qu'une salariée soit victime de violences sexuelles", confirme Marilyn Baldeck, déléguée générale de l'association européenne contre les violences faites aux femmes au travail.

En politique, "peut-être qu'il faudrait inventer quelque chose sur le principe de l'entreprise qui engagerait aussi les présidents de groupe, les chefs de partis?", avance Laurence Rossignol.

L'entreprise est "un bon échelon", abonde Marilyn Baldeck, car on y réfléchit "à l'organisation du travail, la gestion du conflit, la compréhension des limites de l'autre, à la coopération entre individus".

Pour autant, un parti doit-il exclure un auteur de VSS qui refuse d'abandonner son mandat, condamné ou pas ?

De nombreuses féministes vont aujourd'hui au-delà, réclamant leur bannissement définitif. D'autres défendent un retrait, plus ou moins long, voire une démission, quitte à se représenter devant les électeurs.

"Vu la prévalence des violences sexuelles, ils nous entourent ces hommes-là, on ne va pas les empêcher de travailler", nuance Marilyn Baldeck, mais "quand on est élu, on est délégataire de la confiance populaire".

Finalement, "c'est la société qui fait bouger le curseur, ce ne sont pas que les juges, les journalistes et les élus", observe Laurence Rossignol, rappelant qu'avant "Metoo", "on n'avait pas ce débat".

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