L'avancée du variant Delta relance le débat sur la vaccination obligatoire

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Le gouvernement français a relancé le débat sur la vaccination obligatoire en menaçant de prendre des mesures coercitives visant le personnel des Ehpad, qu’il juge encore trop réticent au vaccin contre le Covid-19. Un débat sensible soulevé dans de nombreux pays alors que le variant Delta, plus contagieux, gagne du terrain.

“Qui peut comprendre que le virus entre dans un Ehpad par l’intermédiaire de ceux dont c’est la mission de soigner ?” En visite dans une maison de retraite des Landes, jeudi 24 juin, le Premier ministre Jean Castex a tapé du poing sur la table. Dans cet établissement de Mont-de-Marsan, 23 résidents ont été contaminés par six membres du personnel, dont cinq non vaccinés. Une situation “inacceptable” pour le chef de l’exécutif, qui a asséné : “Il faut que d’ici la fin de l’été, cette vaccination soit quasi-complète, sinon il faudrait prendre nos responsabilités”.

Face à la progression du variant Delta, plus contagieux, et à la réticence d'une partie de la population à l'égard de la vaccination, le gouvernement français envisage désormais des mesures coercitives afin d'éviter une quatrième vague. Une approche déjà utilisée de manière ciblée en Angleterre, en Russie ou encore aux États-Unis, non sans polémiques.

  • France : “appel solennel” aux soignants

Après un lancement compliqué par des problèmes de livraisons de doses, la campagne vaccinale française s'est intensifiée de mars à fin mai, avec une ouverture progressive au plus grand nombre. Mais alors que près de la moitié des Français a reçu au moins une dose de vaccin (48,14 % au 21 juin), un ralentissement net de la campagne a été observé ces dernières semaines. Selon les études, la part d’indécis et de personnes opposées au vaccin représente encore environ 30 % de la population globale. Face à cette situation, l’Académie nationale de médecine, qui conseille le gouvernement, a jugé que sans vaccination obligatoire, il serait "très difficile” d’atteindre rapidement un taux de couverture vaccinale assurant "une immunité collective suffisante pour contrôler l’épidémie, soit 90 % de la population adulte ou 80 % de la population totale (enfants inclus)”.

“On doit faire beaucoup mieux", a reconnu jeudi le Premier ministre, déplorant une défiance encore trop grande d’une partie des Français envers la vaccination. Si le gouvernement n’envisage pas, à ce stade, de rendre la vaccination obligatoire pour tous, le ministre de la Santé Olivier Véran a lancé la semaine dernière un “appel solennel” au personnel des Ehpad à se faire vacciner, laissant planer la menace d’une mesure coercitive à la rentrée pour les employés de ces institutions.

  • Angleterre : vaccination obligatoire dans les maisons de soins

Dans un pays fortement touché par le variant Delta – en raison notamment des importantes communautés indienne et pakistanaise –, le gouvernement britannique a annoncé, le 16 juin, que la vaccination contre le Covid-19 allait devenir obligatoire pour le personnel des maisons de soins en Angleterre. Lors de cette annonce au parlement, le ministre de la Santé Matt Hancock a souligné que même si la majorité du personnel était déjà vaccinée, cette mesure permettrait de sauver des vies parmi les personnes âgées qui restent, même vaccinées, plus fragiles. Il a aussi précisé qu’il n’envisageait pas d’étendre la vaccination obligatoire au-delà des travailleurs du secteur médical.

La mesure devrait entrer en vigueur en octobre, avec une période de 16 semaines permettant au personnel soignant de s’acquitter de cette obligation, sous peine de ne plus pouvoir travailler au contact des patients. Une annonce qui a suscité de vives critiques au sein de la profession : certains établissements jugent notamment que cette mesure “discriminatoire” poserait des problèmes de recrutement.

De leur côté, les gouvernements d'Écosse, du pays de Galles et d'Irlande du Nord ont déclaré ne pas avoir l'intention de mettre en place une telle mesure.

  • Russie : bras de fer avec les sceptiques

Le pays de Vladimir Poutine fait partie du cercle fermé des nations ayant réussi à concevoir un vaccin contre le Covid-19. Mais concernant les injections, la Russie est à la traîne, avec moins de 15 % de sa population ayant reçu une première dose. Cette situation inquiète les autorités alors que le pays fait face à une résurgence de la pandémie contraignant l’État à imposer des restrictions drastiques. La ville de Moscou a rendu la semaine dernière la vaccination obligatoire pour les employés des services. Cette mesure, qui a depuis été introduite dans 18 autres régions, selon l'agence sanitaire russe, fait polémique dans le pays où la méfiance face au vaccin demeure très forte.

Voir le reportage de France 24 : Vaccination quasi obligatoire à Moscou alors que l'épidémie de Covid-19 rebondit

  • États-Unis : batailles juridiques en cascade

Si Joe Biden a tenu à se montrer bien plus offensif que son prédécesseur, Donald Trump, dans la lutte contre le Covid-19, le président américain n’a cependant pas souhaité rendre la vaccination obligatoire, jugeant que son rôle consistait à convaincre plutôt qu'à imposer.

Pour autant, la réalité sur le terrain est bien plus complexe car l’obligation vaccinale peut être décrétée par des États, des entreprises ou bien encore des institutions de manière unilatérale. Les employés de l'hôpital méthodiste de Houston, au Texas, en ont fait la triste expérience : l’institution, qui avait fixé au 7 juin la date butoir pour se faire vacciner, vient d'annoncer les licenciements et démissions de 150 employés. Après le rejet d’une première plainte, ces derniers ont depuis annoncé avoir attenté une deuxième procédure en justice contre l'hôpital.

De nombreux autres hôpitaux à travers le pays ont eux aussi imposé la vaccination obligatoire au titre de la sécurité des patients et du personnel hospitalier – c'est le cas dans le Maryland, l’Indiana, en Pennsylvanie ou encore à Washington. Également décrétée par des centaines d’établissements scolaires et d’universités, cette mesure suscite par endroits de vives oppositions. Sur le campus de Bloomington, dans l’Indiana, par exemple, où des manifestations ont eu lieu et une plainte a été déposée par des étudiants.

Face à la multiplication de ces affaires, plusieurs États ont pris des mesures pour encadrer, voire interdire, l’obligation vaccinale. C’est notamment le cas de l’Arkansas, du Montana ou de la Caroline du Nord.

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