Laurent Wauquiez, Auvergne-Rhône-Alpes comme laboratoire

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Réélu haut la main en Auvergne-Rhône-Alpes grâce un bilan revendiqué de bon gestionnaire et de protecteur face à la pandémie, Laurent Wauquiez peut désormais envisager sereinement un éventuel retour au premier plan.

"On gagne toujours à rester fidèle à ce qu’on est et aux principes qu’on s’est fixés", a déclaré dimanche soir Laurent Wauquiez, donné largement vainqueur dans "sa" région par les estimations avec plus de 54% des voix.

Revenu à plein temps à Lyon il y a deux ans après le crash de la liste Bellamy qu'il avait mise en orbite pour les européennes (8,48%), l’ancien président des Républicains a changé de style. La barbe qu’il arbore depuis deux ans lui donne un air plus décontracté et il a renoncé à sa parka rouge - "un crève-coeur", plaisante-t-il.

Le logiciel politique n’a en revanche pas varié: réindustrialisation, préférence régionale, dénonciation de l’assistanat et sécurité, son thème fétiche de campagne.

"J’ai une constance dans ce que je porte et ce à quoi je crois mais j’ai sans doute appris à l’exprimer de façon moins dure, avec plus d’attention et de sérénité", commentait-il à l’AFP avant le premier tour.

Pour Mathias Bernard, président de l’université Clermont Auvergne, celui qui fut le benjamin de l’Assemblée nationale en 2004 est "une sorte de synthèse entre droite conservatice, sociale, nationale".

"Il est actuellement assez proche du positionnement de Sarkozy avant l’Elysée, avec toutefois une distance plus nette par rapport au libéralisme, et un protectionnisme affiché", complète cet historien des droites, voyant avec l’ancien président de la République une maîtrise commune de "l’art de la transgression et de la communication".

Parti le dernier en campagne en se déclarant dans une entreprise textile du Rhône qui a fabriqué des masques distribués par la région, Laurent Wauquiez a vite commencé à ériger sa statue. Dès 2018, il affichait Auvergne-Rhône-Alpes, "région la mieux gérée de France", sur des panneaux publicitaires, se basant sur un rapport de la Cour des comptes qui saluait seulement une fusion budgétairement bien négociée.

"Dans la première partie du mandat, il a sacrifié les politiques publiques pour afficher des économies car il voulait que la région soit un laboratoire de la droite qu’il voulait incarner", croit savoir Jean-François Debat, chef de l’opposition socialiste sortante et co-directeur de la campagne de Najat Vallaud-Belkacem au premier tour, dont la liste s’est ensuite rangée derrière l’écologiste Fabienne Grébert, reléguée loin derrière dimanche soir à environ 33% selon les estimations.

- "Seigneur des panneaux" -

Les affiches de campagne de l’ancien maire du Puy-en-Velay, né à Lyon il y a 46 ans, le rappellaient aussi: "Notre Président, notre Région", sur un fond bleu ciel évoquant la couleur des panneaux qui fleurissent aux entrées des communes ayant reçu des subsides de la collectivité.

"Wauquiez a fait de la région le pays des schtroumpfs", ironisait son adversaire LREM malheureux Bruno Bonnell quand d’autres l’affublaient du surnom de "Seigneur des panneaux".

"Ici, les gens me jugent sur ce que je fais et pas les petites phrases maladroites ou les polémiques sur une matinale", préfère retenir celui qui jusqu’à aujourd’hui s’est astreint à une ascèse médiatique sur le plan national. En 2018, ses propos dans lesquels il passait une grande partie de la classe politique au lance-flammes devant les étudiants d’une école de commerce lyonnaise avaient fuité et entraîné un procès en insincérité.

Dino Cinieri, autodidacte devenu député et conseiller spécial à la région, pense que le revers des européennes a "bonifié" son "ami" normalien et énarque. "Ca l’a affecté, il a fait une analyse sur lui-même", explique l'élu de la Loire, fustigeant "les médias qui l’ont fait passer pour quelqu’un d’extrême-droite".

Le chercheur en sciences politiques Romain Meltz juge la campagne de réélection du sortant "peu flamboyante, avec un site de campagne quasi-introuvable". Signe qu’il pense déjà à la prochaine échéance selon l’universitaire de Lyon2.

"Il cherche la légitimité partisane à fond et va très vite se réinstaller à Paris", prédit-il, avec l’avantage, contrairement à ses rivaux potentiels Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, eux aussi réélus, d’être toujours encarté chez LR.

"Je suis très préoccupé par l’état de ma famille politique et de façon plus importante par celui de la France à la sortie de cette crise", admettait début juin Wauquiez, avant de couper net: "Pour l’instant, ce ne sont pas des questions qui se posent et je me suis interdit d’y penser".

Et si dimanche soir Xavier Bertrand n'a pas manqué de faire allusion à ses ambitions nationales, Laurent Wauquiez a réservé sa parole à ses électeurs, donnant déjà rendez-vous à la presse lundi pour un déplacement à Lyon sur le thème de la police ferroviaire.

ari/ag/or

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