L'aubergine sauvage n'est pas un remède contre le cancer

L'aubergine sauvage, remède efficace contre "tout type de cancer" - dont les cancers du sein, de la prostate, de l'estomac ? C'est ce qu'affirme une publication partagée près de 25.000 fois depuis le 15 avril qui circule sur Facebook en Afrique centrale. Attention: selon plusieurs experts contactés par l'AFP, il n'existe pas de données scientifiques prouvant l'efficacité de ce légume sur le cancer, quel qu'il soit. La promotion de tels "remèdes miracles" peut également se révéler dangereuse pour la santé des patients.

L'aubergine sauvage "peut sauver des vies", affirme la page Laplante Luxueuse, et guérir "tout type de cancer": le cancer du sein, de la prostate, du foie, de l'estomac, voire des reins... Il suffirait pour se soigner de la boire "sous forme de thé", avec de l'eau chaude.

Capture d'écran réalisée sur Facebook le 20 avril 2022

Ces publications ont été partagées près de 25.000 fois (1, 2, 3, 4...) depuis le 15 avril en Afrique centrale.

"À l’origine de près de 10 millions de décès en 2020, le cancer est l’une des principales causes de mortalité dans le monde", explique l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur son site.

Cette même année, le cancer le plus courant était le cancer du sein, avec 2,26 millions de cas recensés, précise encore l'OMS, bien avant celui touchant la prostate (1,41 million de cas) ou l'estomac (1,09 million de cas).

Pourtant, selon plusieurs experts interrogés par l'AFP, l'efficacité du remède préconisé par cette publication n'a pas été établie scientifiquement - il peut même se révéler dangereux.

Pas de données prouvant l'efficacité de l'aubergine sauvage

Pour l'ensemble des types de cancers mentionnés dans cette publication, "il n'existe aucune donnée scientifique probante" au sujet d'une prétendue efficacité de l'aubergine sauvage en tant que traitement, a assuré à l'AFP le 20 avril Pr. Béatrice Fervers, cancérologue et directrice du département Prévention Cancer Environnement du Centre Léon Bérard, à Lyon (France).

Les cinq cancers cités par la publication - sein, prostate, estomac, foie, rein - sont "très différents de par leur tissu d'origine, leur mode d'apparition et leur évolution", rappelle-t-elle: "en conséquence, les traitements sont différents, par exemple la plupart des cancers du sein et des cancers de la prostate sont des cancers dits hormonodépendants sur lesquels l'action des hormones rentre en ligne de compte et fait partie du traitement; ce n'est pas le cas du cancer de l'estomac, du rein et du foie".

Une version antérieure de cette infox avait circulé dès 2019 au sujet du cancer du sein; l'AFP avait déjà vérifié cette rumeur. Plusieurs experts contactés à l'époque assuraient déjà que l'efficacité de ce remède n'était pas scientifiquement prouvée.

"Il n'y a pas de traitement miracle contre le cancer", confirme Serpos Dossou, cancérologue et radiothérapeute au Centre de cancérologie de Cotonou (Bénin) contacté par l'AFP le 19 avril. "Chaque traitement contre le cancer est bien codifié, pour chaque type de cancer il y a différents types d'histologies [étude de la structure des tissus], et selon le type d'histologie, différents types de traitement", confirme ce spécialiste.

De plus, "pour le même organe, des sous-types de cancers différents peuvent se développer", ajoute le cancérologue, ce qui induit des "traitements différents, même [quand on traite un même] organe".

Impossible donc qu'un seul aliment puisse guérir plusieurs cancers touchant des organes différents, selon tous les experts contactés par l'AFP.

Un remède potentiellement "dangereux"

Au-delà de son absence d'efficacité prouvée, ce type de remède peut se révéler dangereux, selon tous les experts contactés par l'AFP.

Au sujet du cancer du sein, Xavier Cormoul, professeur de toxicologie à l’université de Paris Descartes, assurait déjà à l'AFP en décembre 2019 que consommer de l'aubergine sauvage comme traitement pouvait être "dangereux, parce que certains légumes contiennent des composés toxiques et d'aucuns pensent à tort qu'ils détruisent les tumeurs".

A la même époque, le chirurgien-cancérologue Ambroise Ntama, en poste à l’hôpital de district de Deido à Douala au Cameroun expliquait à l'AFP qu'"après le diagnostic, le cancer du sein induit un traitement à la fois chirurgical, médical (chimiothérapie, hormonothérapie, traitements ciblés), de la radiothérapie et un accompagnement psychologique", et non pas un traitement à base d'un unique principe actif.

Suivre des conseils, tel que celui suggéré par la publication, "s'oppose à [ce] qu'on [découvre] la maladie à un stade précoce", alerte par ailleurs Serpos Dossou, du Centre de cancérologie de Cotonou. "La maladie va se retrouver à un stade très développé", ce qui peut être "très dangereux", poursuit ce spécialiste, qui s'alarme de la propagation de fausses informations au sujet du cancer.

C'est aussi la crainte de Béatrice Fervers, du centre Léon Bérard de Lyon: la promotion d'un "aliment miracle" risque selon elle d'inciter certains patients qui viennent d'être diagnostiqués ou dont le cancer est réapparu à se tourner vers ces conseils dangereux et "d’aggraver leur situation en négligeant des traitements efficaces".

"Au mieux, cela risque de perturber les patients; au pire, cela peut conduire à une perte de chance [de guérison] ou, selon les produits, à des effets néfastes ou toxiques", résume-t-elle.

Les deux cancérologues s'accordent en tout cas pour conseiller de se faire dépister et, en cas de cancer avéré, de suivre les traitements conseillés par les équipes médicales.

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