"La lassitude de la fonction est grande": avec la crise du Covid-19, les directeurs d'école débordés

Salomé Vincendon
·3 min de lecture
Image d'illustration - Des élèves dans une classe - REMY GABALDA
Image d'illustration - Des élèves dans une classe - REMY GABALDA

"La crise sanitaire a accentué encore davantage les défis quotidiens". Plusieurs syndicats et associations de l'école primaire ont publié lundi soir un communiqué "pour sortir de l’ornière dans laquelle était englué le dossier de la direction d’école". Avec la crise sanitaire, les directeurs d'écoles primaires (maternelle, élémentaire, ou les deux), disent subir une surcharge de travail entraînant stress et fatigue. Ils réclament une "amélioration de leurs conditions matérielles et morales", mais aussi de "rendre le métier plus attractif".

"La lassitude de la profession est très grande", explique auprès de BFMTV.com Laurent Hoefman président du Syndicat National des Ecoles (SNE), qui a cosigné le document. "On a toujours eu beaucoup de sollicitations, mais la crise du Covid a accentué les choses". Il évoque les incertitudes et les changements réguliers d'organisation, de protocoles sanitaires, mais aussi les élèves et enseignants contaminés ou cas contacts, dont il faut gérer l'absence.

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Deux autres syndicats, le SE-Unsa et le Sgen-CFDT, ainsi que les associations GDiD (Groupement de Défense des idées des Directeurs d'école), et GTRID (Groupe de Travail et de Réflexion Indépendant de Directeurs) ont également signé le communiqué "pour sortir de l’ornière dans laquelle était englué le dossier de la direction d’école". Une réunion s'est tenue hier avec le ministère de l'Education, lors de laquelle ils ont pu exposer leurs griefs.

"Une revalorisation globale"

"Les négociations engagées avec le ministère en 2020 ont permis d’obtenir une nouvelle avancée avec la pérennisation de l’indemnité de 450€", brut par an, souligne le SE-Unsa. "Mais les personnels attendent une revalorisation globale qui nécessite une programmation pluriannuelle".

Outre une revalorisation salariale, ils demandent notamment d'avoir plus de temps pour réaliser les missions de leur fonction à bien, alors que leurs heures de travail ont augmenté avec la pandémie. Il faut également savoir que 90% des directeurs d'école gèrent également, en plus de leur travail de direction, une classe d'élève.

"Quand une famille appelle pour dire que l'enfant est cas contact, ou qu'un parent a été testé positif, c'est le directeur qui répond. Il y a un gros travail pédagogique mené et il faut rassurer les gens", poursuit Laurent Hoefman, directeur d'une école maternelle et primaire dans la région lilloise.

"On a l'impression d'être surmené en permanence, de devoir tout gérer en même temps. On a des injonctions qui arrivent les unes à la suite des autres et qui parfois se contredisent", témoigne également sur France Inter Caroline Decroix, directrice d'une école primaire dans le Pas de Calais. "On est sur la brèche tout le temps, on a l'impression de devoir bâcler certaines choses pour réussir à tenir les délais".

"Il y a de l'usure"

Cette hausse de la charge de travail dans le contexte compliqué de la pandémie a eu une réelle incidence chez ces fonctionnaires. Ainsi 75% des personnes interrogées se déclarent épuisées dans leur fonction de directeur, selon un sondage IFOP publié vendredi dernier. A noter tout de même que 87% trouvent du sens à leur mission, et que 74% comptent rester à leur poste.

Confrontés à la situation actuelle, certains réfléchissent toutefois à arrêter d'occuper leur poste de directeur.

"Faute de candidats, 4000 à 5000 adjoints sont contraints chaque année de faire fonction", explique le communiqué de l'union syndicale. Des personnes qui quittent le poste de directeur d'école "il y en a tous les ans", explique Laurent Hoefman, "mais à la fin de l'année dernière beaucoup ont arrêté, et je pense qu'il y en aura plus cette année. Il y a de l'usure".

Ils attendent désormais des retours du ministère sur leurs propositions concernant le travail de directeur d'école. La mise en place de la loi Rilhac qui "tend à reconnaitre cette fonction et à améliorer ses conditions d'exercice", irait également dans le sens de leurs revendications. Déposée le 12 mai 2020, elle vient d'être adoptée par le Sénat en première lecture.

Article original publié sur BFMTV.com