L'Assemblée rejette deux premiers textes d'un RN criant au "sectarisme"

L'Assemblée nationale a rejeté jeudi des propositions RN sur les salaires et la fin des zones à faibles émissions, avant de réserver probablement le même sort au texte sur l'uniforme à l'école de députés d'extrême droite dénonçant le "sectarisme" de leurs adversaires.

Lors de la journée réservée à sept textes du groupe de Marine Le Pen, le premier entendait inciter les entreprises à augmenter les salaires de 10% via des baisses des cotisations patronales.

"Pensez aux Français qui ont besoin de cette mesure", a plaidé en vain Marine Le Pen, patronne des 88 députés Rassemblement national. Les élus LR se sont abstenus, tandis que la majorité et la gauche ont voté contre la proposition, jugée inefficace voire dangereuse.

Pas davantage de succès, malgré le soutien de LR, pour la proposition de suppression des zones à faibles émissions (ZFE) dans les agglomérations, où il est progressivement interdit aux véhicules les plus polluants de circuler. "Arrêtez d'emmerder les Français, de les exclure, de les culpabiliser!", avait demandé le député RN Pierre Meurin.

Mais pas question de "baisser la garde" sur "le sujet de la santé de nos concitoyens", a opposé le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu, évoquant "le fléau silencieux des morts de la pollution de l'air".

La séance a connu quelques pics de tension, alors que des RN étaient pointés du doigt comme "incompétents" ou accusés de simplement chercher à "faire un coup".

Le principal groupe d'opposition compte profiter de sa niche parlementaire pour dérouler ses thèmes favoris, à l'exception notable de l'immigration, et poursuivre sa quête de normalisation et de crédibilité auprès de l'opinion.

"J'en attends d'abord que les Français constatent que nous avons respecté notre promesse" avec "des textes concrets pour améliorer leur vie quotidienne", a fait valoir en amont Mme Le Pen.

- Uniforme à l'école -

Des textes instituant la proportionnelle aux législatives ou créant "une présomption de légitime défense" pour les forces de l'ordre sont aussi au programme, mais plus loin dans l'ordre de passage et avec moins de chances d'être examinés, une niche parlementaire devant s'achever à minuit.

Quant à la proposition de rendre obligatoire dans les écoles et collèges publics le port d'une "tenue uniforme", dont chaque établissement pourra fixer "la coupe et la couleur", elle est inscrite en quatrième place.

L'objectif est d'"éviter la pression" des "islamistes" et de mettre fin au "concours aux habits les plus chers, les plus luxueux, les plus à la mode", aux yeux de Marine Le Pen. Ce texte a aussi l'appui du groupe Les Républicains.

Mais l'uniforme à l'école est vivement combattu par la gauche. Si certains députés macronistes le voient d'un bon oeil, et que Renaissance a créé un groupe de travail sur le sujet, le camp présidentiel critique un texte rédigé sans "travail sérieux sur l'impact".

"Je ne veux pas de loi à ce sujet", a encore dit la semaine dernière le ministre de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye, relevant qu'un établissement pouvait déjà en instaurer au niveau local. Dans le quotidien Le Parisien, Brigitte Macron s'est prononcée en faveur de l'uniforme.

Mme Le Pen estime avoir mis sur la table des textes pouvant recueillir des majorités si les députés "votaient en fonction de leurs idées" et ne faisaient pas preuve de "sectarisme".

Mais malgré l'obtention inédite de deux vice-présidences ou encore l'attribution de présidences de groupes d'amitié, les 88 députés RN restent mis à l'écart à l'Assemblée nationale.

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