L'Assemblée adopte en première lecture le projet de loi sur le séparatisme

Par Jules Pecnard avec AFP
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Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, à l'Assemblée nationale le 20 novembre 2020 - AFP / Bertrand Guay
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, à l'Assemblée nationale le 20 novembre 2020 - AFP / Bertrand Guay

La macronie a fait le plein des voix sur un texte qui s'annonçait difficile à traiter. Ce mardi à l'Assemblée nationale, les députés ont adopté en première lecture le projet de loi confortant les principes de la République, censé affronter le séparatisme, notamment islamiste. Le texte a été avalisé par 347 voix pour, 151 voix contre et 65 abstentions. Il sera examiné à partir du 30 mars au Sénat, où la droite est majoritaire.

Examiné depuis 15 jours au Palais-Bourbon, le projet de loi découle du discours prononcé par Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020, deux semaines avant l'assassinat de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine. Le chef de l'État y dénonçait le séparatisme islamiste, phénomène auquel le texte ne faisait plus strictement allusion, lui préférant une approche consistant à s'attaquer à tous les "séparatismes" prospérant en France.

Plein des voix dans la majorité

En confrontant néanmoins laïcité et islamisme, le texte traitait d'une matière hautement inflammable, dans un pays encore endeuillé par les récentes attaques jihadistes perpétrées sur son sol.

Malgré les promesses initiales de divisions, la majorité s'est massivement rangée derrière ce texte. Il n'y a pas eu "de désordre", s'est félicité le chef de file des députés LREM, Christophe Castaner. Cependant mardi, 10 "marcheurs" se sont abstenus et un a voté contre, Mustapha Laabid.

Souvent mobilisés dans l'hémicycle, les macronistes ont défendu un texte d'"équilibre" même si Gérald Darmanin, pilote côté gouvernement, a dans la dernière ligne droite donné un écho plus dur au projet de loi.

"C'est une offensive laïque extrêmement forte. c'est un texte dur (...) mais nécessaire pour la République", a vanté le ministre de l'Intérieur mardi sur RTL.

144 amendements adoptés

Présenté comme le remède contre "l'OPA islamiste", le texte contient une batterie de mesures sur la neutralité du service public, la lutte contre la haine en ligne, l'encadrement de l'instruction en famille - disposition la plus âprement débattue -, le contrôle renforcé des associations, une meilleure transparence des cultes et de leur financement, et encore la lutte contre les certificats de virginité, la polygamie ou les mariages forcés.

Riche de quelque 70 articles, le projet a donné lieu à 80 heures de débats en séance et l'adoption de 144 amendements. Ses détracteurs l'accusent d'être "bavard" et "fourre-tout". Il touche à plusieurs libertés fondamentales comme celles organisant l'enseignement ou les associations, et retouche la loi totémique de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'État.

En annonçant des mesures en faveur de l'égalité des chances, l'exécutif a mis en sourdine les reproches de l'aile gauche de La République en marche qui regrettait l'absence de volet social à ce texte promu avant tout comme d'"ordre public".

"Comme souvent depuis le début du quinquennat, il y a la main droite le poing fermé et la main gauche qui reste tapie au fond des poches", a déploré le socialiste Boris Vallaud lors de son explication de vote.

Les communistes divisés

Constante dans son opposition, La France insoumise a dénoncé un texte créant un "halo supplémentaire de suspicion" contre les musulmans.

"En 2017, le mandat qui vous a été donné a été de faire un barrage aux idées du Front national; un barrage, pas un passage, c'est pour ça que nous refusons ce texte", a lancé l'insoumis Alexis Corbière.

Le communiste Stéphane Peu s'est également dit déçu par une "loi déséquilibrée", et des "postures politiciennes" en vue de la campagne de 2022. Phénomène intéressant, le groupe GDR compte moins de votes contre (7) que d'abstentions (8), qui incluent l'ex-ministre Marie-George Buffet, Stéphane Peu ou le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel.

Au Rassemblement national, Marine Le Pen a fustigé une "reculade politique" - mais l'ensemble de députés RN non-inscrits se sont abstenus. Chez Les Républicains, où les députés ont cherché en vain à durcir les mesures, Annie Genevard a dénoncé une "petit texte pour un grand sujet". L'écrasante majorité des LR ont voté contre le texte et cinq membres du groupes se sont abstenus, tels Robin Reda et Arnaud Viala.

Au Sénat, Bruno Retailleau, chef de file de la droite majoritaire, entend supprimer l'article controversé sur l'école à domicile, introduire explicitement la notion de "séparatisme islamiste" et l'interdiction du voile dans les lieux publics.

Article original publié sur BFMTV.com