Chine: l'artiste Deng Yufeng interrogé par la police après une performance à Pékin

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La protection des données personnelles et la disparition de la vie privée sont au centre de l’œuvre de Deng Yufeng en Chine. Cet artiste contemporain chinois était de nouveau dans les rues de Pékin jeudi 18 mars pour dénoncer l’emprise du «big data» sur les individus. Une performance artistique qui l’a conduit directement au poste de police.

Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

Des tracts jaunes passent de mains en mains sur les avenues qui entourent « 798 », une ancienne zone industrielle du nord-est de Pékin transformée en zone artistique. Après près de deux heures de promenade, la petite troupe est rattrapée par la patrouille. « Je vous demande d’arrêter de filmer », lance un policier à l’adresse de la grappe de journalistes étrangers venus assister à cette rare performance artistique dans les rues de la capitale chinoise.

Accompagné de trois volontaires, Deng Yufeng distribue son message couleur soleil au passant. Sur son brassard autour du bras est écrit le mot: « Immortel ».

« Ce projet s’intitule “immortel” pour montrer que nous sommes devenus transparents. J’ai écrit sur les tracts toutes les données me concernant: mon nom, mes coordonnées postales et bancaires, mon numéro d’identité, etc », explique l'artiste.

La disparition inéluctable de la vie privée

La numérisation de nos existences entraînera inéluctablement dans un futur proche la disparition de la vie privée, affirme l’artiste âgé de 31 ans. Cette obsession était déjà présente dans ses performances précédentes : les « 346 000 secrets des citoyens de Wuhan en 2018 » ou encore « le mouvement de disparition » durant l’été 2020 où il tentait d’échapper aux caméras à reconnaissance faciale dans les rues de la capitale chinoise.

Sur le trottoir, la distribution se poursuit : « On ne comprend pas ! », affirment dans un rire gêné, des ouvriers migrants en salopettes oranges occupés à réparer la chaussée.

Même regard dubitatif devant le prospectus chez ce livreur pressé, chez les visiteurs branchés du centre d’art 798 tout à côté, ou encore chez cette jeune femme sur un scooter: « C’est déconcertant, car c’est une vraie atteinte à la vie privée de voir toutes ses informations personnelles rendues publiques. Je n’aimerais vraiment pas, déjà que je n’arrête pas de recevoir de la publicité sur mon portable. »

Les géants du numérique chinois dans le viseur de Deng Yufeng

Inquiétude des Chinois face au « big data » : habilement, Deng Yufeng a mis de l’eau dans son bajiu ( eau de vie chinoise, NDLR). Il ne fait pas allusion à l’omni-surveillance des mégalopoles par « Big Mother Patrie » et le parti, dans cette dernière performance.

Son message vise uniquement les atteintes à la vie privée par les géants du numérique chinois qui font l’objet en ce moment d’un recadrage par les autorités. Ce qui ne l’a d’ailleurs pas empêché de passer la nuit au commissariat pour être interrogé.

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