L'arme nucléaire est-elle une arme "comme une autre" pour la Russie?

Un soldat russe dans un tank russe à Ioujno-Sakhalinsk, en Russie, le 4 septembre 2022 - KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP
Un soldat russe dans un tank russe à Ioujno-Sakhalinsk, en Russie, le 4 septembre 2022 - KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP

Vladimir Poutine utilisera-t-il l'arme nucléaire dans la guerre en Ukraine? Le président russe s'était dit prêt à utiliser "tous les moyens" dans son arsenal face à l'Occident, qu'il avait accusé de vouloir "détruire" la Russie, laissant planer le doute quant à l'utilisation de l'arme nucléaire. Des officiels russes ont toutefois à plusieurs reprises assuré qu'il n'était pas question que Moscou franchisse ce pas.

Mais mercredi, la question d'une possible attaque nucléaire par la Russie en Ukraine s'est de nouveau posée. Le New York Times a révélé que des généraux russes avaient évoqué à la mi-octobre la possibilité d'une frappe nucléaire tactique en Ukraine.

Interrogé jeudi soir dans l'émission "90 minutes", le criminologue Alain Bauer a affirmé que "la doctrine militaire russe prévoit que l'arme nucléaire tactique" fait partie de "l'infra-nucléaire". Pour Moscou, "c'est une arme conventionnelle comme une autre", a-t-il assuré - ce qui est faux et démenti par de nombreux experts.

"Tactique" ou "stratégique"?

Certains évoquent une différence entre une arme nucléaire "tactique" et une arme nucléaire "stratégique", la première étant présentée comme ayant une puissance et une portée moins importantes que la seconde.

"Les armes nucléaires tactiques, en soi, cela n'existe plus", rétorque Michel Goya, consultant défense de BFMTV. "Ça n'a plus aucun sens en réalité. On peut les distinguer pour leur portée, pour leur puissance, mais cela reste des armes nucléaires."

"Mais quelle que soit leur puissance, elles font des dégâts considérables, c'est une arme taboue", ajoute le spécialiste.

C'est Vladimir Poutine qui décide

Par ailleurs, "la décision d'emploi (de ces armes) se fait au plus haut niveau politique", poursuit Michel Goya. "On a complètement oublié cette idée que des généraux puissent utiliser des armes nucléaires comme des obus d'artillerie, des missiles... C'est ingérable sur un champ de bataille."

"Quelle que soit la puissance de l'arme nucléaire, c'est du ressort du pouvoir politique, de Vladimir Poutine", insiste le général Jérôme Pellistrandi, consultant BFMTV. Des militaires russes "pourraient être tentés d'utiliser ces armes", mais la décision ne viendra pas d'eux, "ce n'est pas une super-artillerie".

"Celui qui utilisera l'arme nucléaire en premier subira des sanctions de partout", rappelle Michel Goya. "Cette arme a un coût politique énorme, qu'est ce qui le justifierait? Quasiment rien."

Michel Goya et Jérôme Pellistrandi rappellent également que l'arme nucléaire est principalement aujourd'hui une arme psychologique, de dissuasion, il s'agit avant tout de faire peur à l'autre.

Dès mars 2022, peu de temps après l'invasion en Ukraine, le porte-parole du Kremlin avait assuré que l'arme nucléaire ne serait utilisée qu'en cas de "menace existentielle" de la nation russe, des déclarations répétées par la suite, qui ne rassurent pas tout le monde. Mercredi, un conseiller de la Maison Blanche a déclaré que les États-Unis sont devenus "au fil des mois" de "plus en plus préoccupés" par l'éventualité d'une potentielle frappe nucléaire de la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine.

Note de la rédaction: cet article a été mis à jour le 4 novembre dans l'après-midi.

Article original publié sur BFMTV.com