L'armée et la police autrichiennes n'ont pas officiellement appelé à rejoindre la manifestation du 20 novembre à Vienne

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Des publications, partagées plusieurs dizaines de milliers de fois en trois jours, affirment que "la police et l'armée" autrichiennes participeront à la manifestation contre le confinement prévue le 20 novembre à Vienne. Elles affirment également que la police et l'armée "refusent de contrôler les pass sanitaires". Ces publications sont trompeuses: l'armée et la police en tant qu'institutions ne soutiennent pas la manifestation. Celle-ci est soutenue par des associations privées, ne représentant que certains militaires. De plus, l'armée ne contrôle pas les pass sanitaires, sauf rares exceptions.

L'Autriche est devenue le 19 novembre 2021 le premier pays européen à imposer la vaccination, qui deviendra obligatoire le 1er février 2022. Face à l'augmentation des cas de coronavirus, le chancelier Alexander Schallenberg a également annoncé un confinement généralisé à toute la population à partir du 22 novembre, quelques jours après avoir imposé un confinement aux personnes non-vaccinées.

Pour protester contre le confinement, un appel à manifester dans les rues de Vienne le 20 novembre 2021 a été lancé, notamment par le parti d'extrême-droite FPÖ.

Sur Facebook, la capture d'écran d'un article titré "L'Autriche se soulève contre "la dictature sanitaire" a été partagée près de 40 000 fois depuis le 16 novembre 2021. On peut y lire que "la police et l’armée refusent de contrôler les pass sanitaire au nom de 'la liberté et la dignité humaine'. Elles se joindront à une grande manifestation contre le confinement obligatoire le 20 novembre 2021 à Vienne".

Capture d'écran de la publication fausse réalisée le 19/11/2021 sur Facebook

Cette capture d'écran est trompeuse, car elle laisse à penser que l'armée et la police autrichiennes en tant qu'institutions ont appelé à la manifestation prévue le 20 novembre 2021. C'est faux, ont confirmé leurs représentants à l'AFP. Seules des organisations et associations privées, ne représentant pas les institutions, ont appelé à protester contre les mesures sanitaires.

L'article d'où est tirée cette capture d'écran, partagé dans d'autres publications, cite un autre article du média autrichien Wochenblick, qui a diffusé à plusieurs reprises des informations fausses et trompeuses sur la pandémie de coronavirus, vérifiées par l'AFP ici et ici par exemple.

De fausses affirmations similaires ont circulé en plusieurs langues et ont été vérifiées par l'AFP en hongrois.

L'armée n'a pas appelé à manifester et ne contrôle pas les pass sanitaires, sauf rares exceptions

La manifestation prévue le 20 novembre à Vienne a été organisée avec le soutien du parti d'extrême-droite autrichien FPÖ et est soutenue par un groupe appelé "Syndicat libre d'Autriche - Syndicat de l'armée" ("FGÖ-BHG"). La FGÖ-BHG fait partie d'une organisation appelée "Union libre d'Autriche", se présentant comme "une association de travailleurs organisée démocratiquement". Elle est présidée par Manfred Haidinger, qui a représenté le FPÖ au parlement régional du land autrichien Burgenland.

La FGÖ-BHG n'est pas reconnue légalement comme un syndicat représentant des travailleurs, mais plutôt comme une association privée, a expliqué le ministre de la Défense autrichien dans un tweet publié le 15 novembre 2021.

L'organe de représentation légale des militaires dans le pays est le syndicat de la fonction publique GÖD.

Le 17 novembre 2021, le porte-parole de l'armée autrichienne, Michael Bauer, a déclaré dans un tweet que les affirmations selon lesquelles l'armée soutient la manifestation du 20 novembre sont fausses: "1 appel à 1 manifestation circule sur Twitter. Certains tentent d'établir un lien avec la #Bundesheer (l'armée fédérale autrichienne, ndlr). C'est trompeur. Nous ne soutenons pas les manifestations, n'appelons à aucune, ni ne participons à aucune. Les soldats en uniforme ne sont pas autorisés à y participer".

L'AFP a contacté le 18 novembre 2021 le président de la FGÖ-BHG, Manfred Haidinger, qui a déclaré qu'il ne pouvait parler "qu'au nom de nos membres et de personne d'autre. Cela signifie également que je ne peux pas parler au nom de l'armée". Il a refusé de préciser le nombre de membres que compte la FGÖ et a déclaré n'avoir "aucune idée" du nombre de militaires qui participeront à la manifestation du 20 novembre.

Quand à l'affirmation selon laquelle l'armée autrichienne "refuse de contrôler les pass sanitaires", elle est trompeuse puisque l'armée ne contrôle pas les pass sanitaires, sauf rares exceptions, a confirmé Michael Bauer à l'AFP le 19 novembre: "Si l'armée devait faire cela, ce serait parce que la police nous l'aurait demandé. Or il n'y a pas eu de telle demande de la part de la police", a-t-il expliqué.

Il a cependant précisé que l'armée a été amenée à contrôler les documents de vaccination dans des cas très précis: "par exemple dans les aéroports de Vienne et de Salzbourg, mais c'est le cas depuis des semaines, des mois maintenant."

La police autrichienne n'a pas appelé à manifester

Barbara Gass, porte-parole de la police de Vienne, a confirmé à l'AFP, le 18 novembre 2021 que la police autrichienne ne soutient pas la manifestation: "Nous ne donnerions jamais, en tant qu'institution, une opinion politique. Si des internautes affirment que la police a dit quelque part : 'C'est génial que [la manifestation] ait lieu' - le département de la police de Vienne n'a jamais dit cela."

"Nous avons le devoir légal d'assurer que la liberté de se rassembler soit respectée lors de toute manifestation qui a été enregistrée auprès des autorités", a-t-elle ajouté, précisant que les policiers souhaitant manifester pourront le faire, mais qu'ils ne seront pas autorisés à porter leur uniforme.

Selon les médias autrichiens, 1 300 policiers seront présents pour assurer la sécurité de la manifestation du 20 novembre. Testé positif au coronavirus, le chef du FPÖ Herbert Kickl ne pourra pas y participer.

Malgré les nouvelles mesures restrictives, la liberté de manifester est protégée par la constitution autrichienne et ne peut donc pas être entravée. En revanche, les manifestants doivent porter un masque dès que le rassemblement dépasse 50 personnes.

Quant aux affirmations selon lesquelles la police "refuse de contrôler les pass sanitaires", elle est également trompeuse: depuis l'entrée en vigueur des nouvelles règles, la police a augmenté les patrouilles pour le contrôle des pass sanitaires.

Il est cependant vrai que certains représentants syndicaux de la police ont exprimé des inquiétudes quant à leur capacité à faire respecter le confinement.

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