L'armée américaine annonce «par erreur» préparer son retrait d'Irak

Au lendemain de la décision adoptée par le Parlement irakien réclamant l'expulsion des troupes étrangères, l'armée américaine a, « par erreur », annoncé ce lundi 6 janvier à Bagdad son redéploiement en vue d'un retrait. 

La lettre est signée du général William H. Seely, commandant des opérations militaires américaines en Irak. Dans cette missive dont l'AFP a pu consulter une copie, il indique au numéro deux du commandement militaire irakien « repositionner » les forces de la coalition antijihadistes dans le but d'« un retrait de l'Irak de manière sécurisée et efficace ». « Nous respectons votre décision souveraine qui ordonne notre départ », ajoute la lettre.

Mais le chef d'état-major américain a peu après annoncé que c'était une erreur. « C'était un projet (de lettre) non signé », envoyé à quelques leaders militaires irakiens, parce que les mouvements de troupes américaines en Irak se sont accrus ces derniers jours, a expliqué à la presse le général Mark Milley. « C'est une erreur commise en toute bonne foi ».

Selon le chef du Pentagone, Mark Esper, les États-Unis redéploient leurs troupes en Irak, mais ne quittent pas le pays. « Aucune décision n'a été prise de quitter l'Irak. Point », a déclaré à la presse le ministre américain de la Défense. « Cette lettre ne correspond pas à notre état d'esprit aujourd'hui ».

Troupes américaines au Moyen-Orient

Les États-Unis comptaient 5 200 soldats en Irak jusqu'à l'arrivée la semaine dernière de plusieurs centaines d'autres pour protéger l'ambassade (située dans la Zone verte, un quartier ultrasécurisé de Bagdad), attaquée mardi par des milliers de pro-Iran. Face à la montée des tensions, Washington avait annoncé récemment le déploiement de 3 000 à 3 500 soldats supplémentaires dans la région, « très probablement » pour en envoyer une partie en Irak, selon un responsable américain.

Ces troupes, issues de la 82e division aéroportée, vont s'ajouter aux quelques 750 militaires déployés ces derniers jours. Au total, près de 70 000 GI's sont stationnés dans la région. Il s'agit du plus important déploiement militaire américain dans le monde. Ils sont ainsi 14 000 en Afghanistan, 7 000 à Bahrein,  5 000 en Arabie saoudite, 13 000 au Koweït et autant au Qatar.

Une présence qui pourrait encore croître. Il y a quelques mois, Washington a prévu d'envoyer jusqu'à 120 000 soldats au Moyen-Orient dans l'éventualité d'une attaque iranienne ou d'une accélération de son programme militaire. 120 000 GI's donc, soit autant qu'en 2003 lors de l'invasion de l'Irak.

« Les Irakiens ne veulent pas que nous partions »

Deux jours après l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani et de l'homme de l'Iran en Irak, Abou Mehdi al-Mouhandis, à Bagdad, le Parlement irakien avait adopté dimanche une résolution réclamant l'expulsion des troupes de la coalition internationale. Mais la motion du Parlement, adoptée à main levée par les 168 députés présents, sur 329, n'est pas contraignante et le gouvernement irakien n'a, pour le moment, pas donné suite.

Le ministre américain de la Défense a mis en doute la légitimité de ce vote. « Aucun des Kurdes n'a participé, la quasi-totalité des sunnites n'a pas participé et beaucoup de chiites ont participé sous la menace », a déclaré Mark Esper. « Les Irakiens ne veulent pas que nous partions », a-t-il assuré. « Ils savent que les États-Unis sont là pour les aider à devenir un pays souverain, indépendant et prospère. Ce ne sont pas les intentions de l'Iran. L'Iran veut les contrôler et en faire un État supplétif ».

Le chef du Pentagone a cependant pris ses distances avec les propos du président Donald Trump, qui avait menacé de frapper 52 sites culturels iraniens si du personnel ou des objectifs américains étaient attaqués. « Nous respecterons les lois sur les conflits armés », a répondu Mark Esper alors qu'on lui demandait si le Pentagone était prêt à prendre des sites culturels pour cibles. « Cela veut dire non, parce que prendre un site culturel pour cible est un crime de guerre », lui a répondu une journaliste. « C'est la loi sur les conflits armés », a acquiescé le ministre de la Défense.

(Avec AFP)