"L'apiculteur d'Alep" : le roman d'un exil

En couverture, un fruit saigne de splendeur dans deux mains offertes. Une grenade, symbole solaire et sensuel du bonheur oriental. Celle qu’offre Nuri à sa bien-aimée, Afra, devenue aveugle depuis que leur fils Sami est mort devant elle dans un attentat à Alep, la ville natale. Voici un roman qui chemine alternativement dans la nuit et la lumière et réussit, sur un thème dont chacun se détourne, le pari d’un véritable écrivain : arracher le lecteur à la cécité de l’actualité.

Que voyons-nous en effet de la Syrie, depuis que la guerre a commencé en 2011 ? De l’horreur, des chiffres, des victimes, puis des survivants dont on sait aussi peu de choses que les morts et qui se transforment en migrants,réfugiés, etc. Le tout sur la vaste échelle des statistiques et des interprétations géopolitiques. Christy Lefteri a pris la question à l’envers.

Avant les montagnes de chiffres, il y a les visages. Elle les a rencontrés à Athènes, au "Faros Hope Center". Un centre d’accueil pour les réfugiés. Elle s’est installée parmi eux, comme des milliers de bénévoles à travers le monde dont on ne parle pas beaucoup. Elle les a bien regardés et écoutés. De là jaillit ce roman qui nous rend proche le lointain, comme seuls savent le faire la littérature et l’amour.

derrière la fuite, l'espoir et la survie

Donc, il était une fois Alep, une ville de miel. L’une des plus somptueuses cités de l’Orient. Nuri y vivait avec ses abeilles, sa femme et son fils. Puis vinrent les djihadistes. L’incertain bonheur explosa. Les grenades devinrent des armes, les arbres des potences, les jardins des charniers. L’enfant fut tué. Ses parents se mirent à marcher, loin d’Alep, toujours plus loin, à travers les terres, sur la mer, au fil des camps, des parcs pleins de rôdeurs, de la dignité qui les abandonne et de la mémoire qui se dissout.

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