Laguiole, le village des irréductibles

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La commune aveyronnaise, mondialement connue pour ses couteaux à cran forcé, espère obtenir une indication géographique artisanale début mai. Un précieux sésame qui protégerait enfin leur patrimoine.

« Des décennies qu’il nous pourrit la vie ! » peste Vincent Alazard, le maire de Laguiole. Lui, c’est Gilbert Szajner, un entrepreneur du Val-de-Marne qui a eu la « bonne idée » de déposer le nom du village en France dès 1993 pour désigner des couteaux mais aussi du linge de maison, des vêtements, des engrais ou des barbecues. Résultat ? Aujourd’hui, plus de 90 % des produits signés Laguiole sont fabriqués en Asie. « Sans savoir qu’ils n’achètent pas une pièce réalisée à la main par un artisan au savoir-faire ancestral, les gens se sentent dupés et nous envoient des messages pour nous signaler la médiocre qualité de leur couteau, parfois acheté au prix d’un vrai [de 80 à 3 000 euros], continue l’élu. En plus de s’approprier le patrimoine collectif d’artisans, cet homme dénigre l’image de tout un village. »

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Car, pour forger un vrai Laguiole dans le respect de la tradition, il faut compter pas moins de 150 étapes. Polissage des lames, guillochage des ressorts, découpe et perçage des mitres (pièces protégeant les extrémités du manche), montage des manches, ciselage des abeilles, façonnage de la croix du berger… Dans les ateliers des maîtres couteliers, les forges d’un temps ancien chauffent à plein régime et les gestes sont maîtrisés. Un boucan d’enfer loin du maniement de l’acier bas de gamme, celui bon à forger les bœufs, comme on dit au pays, que les faussaires de Chine ou d’ailleurs se régalent à vendre à bas prix.

Le Laguiole a en fait des origines espagnoles. « Il y a deux cents ans, bloqués par la neige, les bûcherons du village partaient chercher du boulot en Espagne », raconte Honoré Durand, gérant de la coutellerie familiale du même nom et(...)


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