"L'agressivité à l'encontre de Greta Thunberg est proportionnelle à la gravité de l'accusation qu'elle lance"

Dans Qu'appelle-t-on panser ? (Les Liens qui libèrent), Bernard Stiegler affirme que Greta Thunberg bouscule et choque une "dissociété" devenue profondément immorale et irresponsable. Il utilise la jeune Suédoise pour proposer une réflexion sur la crise écologique.




Marianne : Pouvez-vous nous expliquer le lien que vous faites entre penser et panser ? Ce lien est-il déjà présent chez Heidegger dont vous reprenez le titre ?


Bernard Stiegler : Le premier à avoir établi que la pensée était une façon de panser, c'est Heidegger dans Être et Temps (1927) lorsqu'il fait du souci (die Sorge) une disposition primordiale du Dasein. Pour Heidegger, se poser la question de l'être, c'est nécessairement l'inscrire dans une perspective historique où il s’agit de soigner ce qui reste à venir du passé. Dans Temps et Être (1962), Heidegger postule qu'il faut désormais penser l'être à l'aune de la technique moderne (Gestell). Le Gestell correspond au développement de ce qu'on appelle aujourd'hui la technosphère. Lorsqu'il pose ces questions, Heidegger a cinquante ans d'avance, anticipant l’épreuve de l’Anthropocène, mais il évacue la question essentielle de l'entropie, théorie formulée au XIXe siècle qui soutient que l'univers est travaillé par une dissipation de l'énergie absolument irréversible, que toute matière est de l'énergie qui est vouée à se dissiper.



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