Le "génocide" commis par Israël "a atteint un niveau horrible", dénonce Pretoria devant la CIJ

Le logo de la Cour internationale de Justice (CIJ) et le ministre des Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne Riyad al-Maliki durant une audience à La Haye, le 19 février 2024 (Robin van Lonkhuijsen)
Le logo de la Cour internationale de Justice (CIJ) et le ministre des Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne Riyad al-Maliki durant une audience à La Haye, le 19 février 2024 (Robin van Lonkhuijsen)

"Le génocide" commis par Israël "a atteint un niveau horrible", a déclaré jeudi devant la plus haute juridiction de l'ONU l'Afrique du Sud, qui demande aux juges d'enjoindre à Israël de cesser son incursion à Rafah.

"L’Afrique du Sud avait espéré, lors de notre dernière comparution devant cette cour, mettre un terme à ce processus génocidaire afin de préserver la Palestine et son peuple", a déclaré Vusimuzi Madonsela, le représentant de Pretoria.

"Au lieu de cela, le génocide d'Israël s’est poursuivi à un rythme soutenu et vient d’atteindre un nouveau et horrible niveau", a-t-il ajouté.

Les avocats de Pretoria, qui appellent les juges à ordonner un cessez-le-feu à Gaza, ont donné le coup d'envoi de deux jours d'audiences au Palais de la Paix, siège de la Cour internationale de Justice (CIJ).

Israël, qui récuse les accusations sud-africaines, y répondra vendredi. Il a précédemment souligné son engagement "inébranlable" à faire respecter le droit international et qualifié l'affaire portée par Pretoria de "totalement infondée" et "moralement répugnante".

Dans un arrêt en janvier, la CIJ a ordonné à Israël de faire tout ce qui est en son pouvoir pour prévenir tout acte de génocide et permettre l'entrée de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza.

Mais la cour n'est pas allée jusqu'à ordonner un cessez-le-feu. Or pour Pretoria, l'évolution de la situation sur le terrain – notamment l'opération à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza – nécessite une nouvelle ordonnance de la CIJ.

L'opération israélienne à Rafah "est la dernière étape de la destruction de Gaza et de son peuple palestinien", a déclaré Vaughan Lowe, un avocat de l'Afrique du Sud.

"C'est Rafah qui a amené l'Afrique du Sud devant la cour. Mais ce sont tous les Palestiniens en tant que groupe national, ethnique et racial qui ont besoin de la protection contre le génocide que la cour peut ordonner", a-t-il ajouté.

Les ordonnances de la CIJ, qui tranche les différends entre Etats, sont juridiquement contraignantes mais elle n'a aucun moyen de les faire respecter.

Pretoria demande à la CIJ trois nouvelles mesures d'urgence en attendant qu'elle se prononce sur le fond de l'affaire, l'accusation selon laquelle Israël viole la Convention des Nations unies sur le génocide de 1948.

Premièrement, elle souhaite que la juridiction ordonne à Israël de "retirer et de cesser immédiatement son offensive militaire" à Rafah.

Israël devrait aussi prendre "toutes les mesures efficaces" pour permettre "un accès sans entrave" à Gaza aux travailleurs humanitaires, ainsi qu'aux journalistes et aux enquêteurs.

Enfin, Pretoria demande à la CIJ de veiller à ce qu'Israël fasse un rapport sur les mesures prises pour respecter les ordonnances.

- "Cessez-le-feu permanent" -

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a juré d'anéantir le Hamas, est déterminé à lancer une offensive terrestre d'envergure à Rafah, où sont retranchés selon lui les derniers bataillons du mouvement islamiste palestinien.

Israël a annoncé jeudi que son armée allait "intensifier" ses opérations au sol à Rafah, malgré les mises en garde internationales contre une offensive d'envergure dans cette ville surpeuplée du territoire palestinien.

Selon l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), 600.000 personnes ont fui Rafah depuis l'intensification des opérations militaires.

"En tant que principale plaque tournante de l'aide humanitaire à Gaza, si Rafah tombe, Gaza aussi", a déclaré l'Afrique du Sud dans sa requête.

"Le blocage de l'aide humanitaire ne peut être vu que comme une extinction délibérée de vies palestiniennes", a déclaré l'avocate Adila Hassim, visiblement émue.

Pretoria a souligné que la seule manière de mettre en œuvre les décisions de justice existantes était un "cessez-le-feu permanent à Gaza".

Les opérations militaires israéliennes à Gaza ont été lancées en représailles à l'attaque du Hamas du 7 octobre en Israël qui a tué plus de 1.170 personnes, pour la plupart des civils, selon un bilan de l'AFP établi à partir de données officielles israélienne. Plus de 250 personnes ont été enlevées.

Le ministère de la Santé du Hamas a annoncé jeudi un nouveau bilan de 35.272 morts dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien.

bur-cvo/sk