L'affaire Benalla rebondit: le Sénat convoque de nouveau Benalla, Crase, Castaner et Strzoda

Laurence BENHAMOU
Alexandre Benalla le 19 septembre 2018 lors de son audition devant une commission du Sénat

Paris (AFP) - Le Sénat a fait rebondir l'affaire Benalla jeudi, en convoquant pour audition deux ministres, un proche d'Emmanuel Macron ainsi qu'Alexandre Benalla lui-même, dans le cadre de cette enquête qui se focalise désormais sur les passeports diplomatiques de l'ex-chargé de mission de l'Elysée.

Ces auditions risquent d'entrer en carambolage avec le début mardi du grand débat national voulu par Emmanuel Macron pour répondre à la crise des "gilets jaunes" et qui doit commencer mardi prochain.

La commission des lois du Sénat a en effet convoqué pour le lendemain, mercredi 16 janvier, Patrick Strzoda, directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, suivi des ministres de l'Intérieur Christophe Castaner et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Suivront ensuite lundi 21 janvier Alexandre Benalla et son acolyte Vincent Crase, un ex-employé du parti présidentiel LREM et chef d'escadron dans la réserve opérationnelle de la gendarmerie.

Les deux hommes avaient été mis en examen pour violence en réunion après des images montrant M. Benalla frapper un manifestant en marge des défilés du 1er-Mai à Paris.

Ils avaient déjà été auditionnés devant le Sénat le 19 septembre dernier. Les auditions avaient donné lieu à des échanges intenses, sans lever toutes les zones d'ombre sur cette affaire.

Christophe Castaner, à l'époque délégué général de LREM, et Patrick Strzoda, avaient également été auditionnés devant la chambre haute du Parlement dès juillet 2018.

Alexandre Benalla, qui fut un élément central du dispositif sécuritaire autour du couple présidentiel, avait alors déjà été licencié après l'éclatement de cette affaire, devenue rapidement une tempête politique qui a empoisonné l'été d'Emmanuel Macron et continue à le poursuivre aujourd'hui.

La commission du Sénat, présidée par Philippe Bas, s'était donnée six mois pour enquêter sur une affaire qui a une nouvelle fois rebondi fin décembre avec la révélation de l'utilisation par M. Benalla de deux passeports diplomatiques, qu'il a finalement restitués cette semaine.

La convocation de Jean-Yves Le Drian mercredi prochain entre dans le cadre de ces nouveaux éléments.

- Nouvelle enquête -

La commission avait demandé des explications à l'Elysée et au gouvernement le 28 décembre sur "les conditions dans lesquelles M. Alexandre Benalla a pu faire usage de passeports diplomatiques" après son licenciement en juillet.

La presse avait révélé que l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron disposait toujours de passeports diplomatiques et qu'il effectuait des voyages d'affaires auprès de dirigeants africains, "alors même qu?il avait déclaré, lors de son audition sous serment du 19 septembre 2018, les avoir laissés dans le bureau qu'il occupait à l'Élysée", a souligné la commission dans un communiqué.

L'affaire se poursuit aussi sur le terrain judiciaire. Outre l'enquête ouverte cet été sur les violences du 1er mai, le parquet a ouvert le 29 décembre une seconde enquête, cette fois sur les passeports diplomatiques, pour "abus de confiance" et "usage sans droit d'un document justificatif d'une qualité professionnelle".

Mardi, le directeur de cabinet du président a été interrogé par la police judiciaire dans le cadre de cette nouvelle enquête, a indiqué l'Elysée confirmant une information du Point. La présidence indique "coopérer pleinement" avec la police.

C'est le courrier envoyé fin décembre par Patrick Strzoda à son ex-collaborateur qui a déclenché cette enquête. Dans ce courrier, il sommait Alexandre Benalla de s'expliquer sur d'"éventuelles missions personnelles et privées" qu'il aurait menées pendant qu'il était en poste à l'Elysée.

Alexandre Benalla avait fait savoir qu'il n'avait "jamais" mené de mission à titre privé lorsqu'il travaillait à l'Elysée et affirmé que c'était un membre du personnel de L?Elysée qui lui avait rendu ses passeports diplomatiques "début octobre", dans une rue près du palais présidentiel.

Il avait aussi révélé avoir échangé des SMS avec M. Macron après son limogeage de l'Elysée fin juillet, ce que la présidence a confirmé pour deux messages succincts.

Indigné, l'ancien chargé de mission s'en est pris fin décembre à "certaines personnes de l'entourage d'Emmanuel Macron", les accusant de vouloir "saccager" sa vie. "Je ne me tairai plus", a-t-il menacé.