Laetitia Avia, accusée de racisme, sexisme et homophobie, va porter plainte

La députée LREM Laetitia Avia, ici le 3 juillet 2019 à l'Assemblée, porte plainte pour diffamation après un article de Mediapart (Photo: AFP)

POLITIQUE - La députée LREM de Paris Laetitia Avia a annoncé ce mardi 12 mai son intention de porter plainte pour diffamation après la parution d’un article de Mediapart qui rapporte, à travers les témoignages d’anciens assistants, des remarques racistes, sexistes et homophobes. 

Selon cinq anciens collaborateurs parlementaires, la députée de Paris, également porte-parole du mouvement, est coutumière des expressions  connotées et des méthodes de travail harassantes, parfois à la limite de la légalité.

Dans leurs témoignages, ils évoquent notamment des propos et des clichés à l’encontre d’un ancien collaborateur d’origine asiatique, présenté comme “son bouc émissaire” ou encore des remarques sur ses collègues femmes, traitées de “pute” et moquées pour leur physique ou leur tenue vestimentaire. Capture d’écran à l’appui, les personnes interrogées par Mediapart évoquent par exemple un commentaire sur la tenue de la députée LREM Aurore Bergé lors d’un passage à la télévision. 

Elles relèvent également l’expression “amendement PD”, utilisée par la députée après le vote d’un texte en faveur des réfugiés LGBT. 

Enfin, les méthodes de travail de la députée sont également décrites comme “un système qui vous broie”, avec des horaires de travail allant “de 7h à 1h du matin. Même le week-end.” “Elle avait l’habitude de critiquer notre travail ou de nous réprimander devant nos collègues, c’était très humiliant et cela maintenait une concurrence malsaine entre nous”, témoigne un ex-collaborateur, tandis que l’article évoque également une pression sur son entourage pour mener des tâches sans lien avec son activité politique, comme la correction de copies de ses étudiants de Sciences Po.

“Manipulation honteuse” selon Laetitia Avia

Selon une ancienne collaboratrice qui se confie à Mediapart, il y a “un fossé entre les valeurs qu’elle défend publiquement et ce [qu’elle a] constaté en travaillant à ses côtés”. Depuis le début de son engagement politique, Laetitia Avia est en effet très présente dans toutes les luttes contre les discriminations. 

C’est d’ailleurs le fondement de la loi Avia contre la cyber-haine, qui doit justement être votée ce mercredi 13 mai à l’Assemblée Nationale.

Contactée par le site d’information, la députée réaffirme d’ailleurs qu’elle ne “tolère pas (...) le racisme, l’homophobie et le sexisme”. “Je ne les tolère nulle part, y compris dans les cadres privés, y compris pour ce qui est considéré comme étant des blagues, qui ne participent en réalité qu’au racisme ordinaire”, se défend-elle.

Dans une série de messages sur Twitter, tout en dénonçant “des bouts de messages privés tronqués, détournés et décontextualisés”, elle a cependant présenté ses excuses ”à tous ceux qui ont pu se sentir heurtés à la lecture de ces extraits.” 

Elle se défend également de toutes “méthodes brutales” vis-à-vis de ses anciens assistants, dont “aucun ne s’est jamais plaint de harcèlement”, a-t-elle affirmé sur le réseau social, en annonçant sa plainte pour diffamation.

“Je suis une députée exigeante envers mes collaborateurs, car ils sont bien payés”, se justifie-t-elle auprès de Mediapart. ” Dès qu’il me reste de l’argent sur mon enveloppe, je leur verse des primes. Je valorise leur travail”, affirme-t-elle. “C’est de la manipulation honteuse, animée par un seul objectif: me nuire et porter atteinte à mon combat politique”, estime la députée.

Selon Mediapart, les anciens collaborateurs auraient tenté à plusieurs reprises de faire remonter certaines pratiques de la députée: auprès de la déontologue de l’Assemblée “saisie au moins six fois sur le cas”, de la cellule anti-harcèlement de l’Assemblée, de Richard Ferrand ou encore de Gilles Legendre, patron des députés LREM. 

En vain, ou presque. Seul un rendez-vous avec la déontologue et en présence de Laetitia Avia a été proposé aux anciens assistants, qui ont visiblement préféré décliner. ”À quoi bon, elle nous l’aurait fait payer derrière”, déplore l’un d’entre eux. 

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