"Lady Macbeth de Mzensk", opéra féministe et sexuel, ovationné à Bastille

Lorenzo Ciavarini Azzi
Trois heures d'opéra sans temps mort, propos politique en clé metoo, érotisme débridé et performance exceptionnelle de la soprano Ausrine Stundytè. Le metteur en scène Krzysztof Warlikowski remplit pleinement le contrat à Bastille : son "Lady Macbeth de Mzensk", second opéra de Chostakovitch, interdit en son temps par Staline, fait un malheur.

Chronique d'une mort annoncée : une vidéo projetée sur le carrelage blanc du plateau de Bastille, montre l'héroïne de l'opéra se noyant dans un espace clos (une piscine ?), entraînant avec elle une autre femme. Sentiment diffus d'étouffement. Et le sort tragique de Katerina Ismaïlova ainsi dévoilé dès l'ouverture, avant qu'on en déroule le récit. Celui d'une jeune femme, devenue grande bourgeoise en épousant un marchand de province dans la Russie du 19e siècle, déchue en commettant l’irréparable : l’adultère, puis le meurtre.

Créé en 1934, l'opéra est interdit en 1936

Dans "Lady Macbeth de Mzensk" – dont le lien avec le personnage shakespearien se limite à la dimension criminelle - Dmitri Chostakovitch, qui en co-signe le livret, prend résolument le parti de la femme : délaissée par son mari, subissant la tyrannie de son beau-père, elle est victime d’une société patriarcale destructrice. Si Katerina trompe son mari avec Sergueï, un ouvrier de passage (et si elle tue son beau-père et son mari par une fâcheuse conséquence), c’est par amour et pour enfin exister en tant que femme.


Métaphore d’un irrépressible besoin de liberté, en ces années de règne stalinien ? Créé en 1934, l’opéra est interdit deux ans après, malgré son succès, taxé par le régime d’œuvre "pornographique" et de "chaos musical".

Cri de révolte, féministe et sensuel à la (...)

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