La technique du plaquage ventral mise en cause dans la mort d'un homme de 35 ans dans un commissariat

Merter Keskin, 35 ans, est mort en janvier 2021 dans un commissariat après son interpellation (Getty Images/iStockphoto) (Getty Images/iStockphoto)

Merter Keskin, 35 ans, est mort au commissariat de Sélestat au cours d'une garde à vue qui a viré au drame. Sa famille souhaite aujourd'hui obtenir la vérité.

Que s'est-il réellement passé dans la nuit du 12 au 13 janvier 2021 au commissariat de Sélestat ? Après avoir été interpellé en tentant de prendre la fuite, Merter Keskin, 35 ans, est mort au commissariat de Sélestat, dans le Bas-Rhin. Son décès, prononcé à 5 heures du matin, serait lié à une consommation de cocaïne récente, selon un premier avis médical. L'affaire semblait ainsi entérinée.

Mais une vidéo pourrait venir relancer le dossier. Des images de vidéosurveillance que Libération s'est procuré révèlent que la victime aurait été menottée et mise sur le ventre par les forces de l’ordre durant plus de trois minutes. Une méthode du "plaquage ventral" qui a déjà provoqué plusieurs décès. Mais comment la situation a t-elle pu dégénérer ?

"Ne me piquez pas"

Alors qu'il apparaissait relativement "calme" durant sa garde à vue, Merter Keskin, qui est sur le point d'être démenotté par un agent, s’agite et se retrouve allongé, bloqué au sol par trois policiers. Les agents affirment avoir entendu le prévenu crier "ne me piquez pas", ce qui pourrait expliquer l'agitation brutale du trentenaire. Il sera impossible de vérifier les dires des autorités, les bandes de vidéosurveillance ne disposant pas de son.

Romain B., l'un des trois officiers présents, détaille sa version des faits lors de son audition par l’Inspection générale de la police nationale :"Je le maintenais avec mes deux mains posées à plat sur le haut de son dos. Je prenais appui au sol avec ma jambe gauche et j’ai positionné mon tibia droit au-dessus de lui, au niveau de ses omoplates dans le but de le bloquer s’il parvenait à se relever. Je tiens à préciser que je n’ai à aucun moment appuyé sur sa nuque ou sur sa tête qu’il pouvait bouger."

Les mauvaises clés

Alors que Merter Keskin montre des signes de faiblesse de plus en plus évidents, les trois policiers ne parviennent pas à lui retirer les menottes. "La clé ne rentrait pas. J’en ai déduit que ce n’était pas la bonne, j’ai demandé à qui étaient les menottes. [Christophe D.] m’a répondu que c’étaient les siennes et je lui ai demandé de venir pour ouvrir", raconte Ozgur I..

Le détenu ne s'en relèvera pas. Malgré un massage cardiaque prodigué par les policiers, Merter Keskin trouvera la mort après trois minutes trente de plaquage ventral.

"Notre famille sera en deuil tant que la vérité n’aura pas éclaté"

"Une intoxication potentiellement létale à la cocaïne" est mise en avant dans l'autopsie réalisée peu après le drame. "Le décès de Merter Keskin apparaît la conséquence vraisemblable d’un trouble du rythme cardiaque dans le contexte d’une consommation de stupéfiants (cocaïne) et d’une importante hyperthermie", estimera le médecin légiste. Mais l'affaire ne devrait pas en rester là.

La défense de la famille Keskin a fait une demande de contre-expertise. "Merter Keskin est décédé pendant le plaquage ventral, ce fait est incontestable. C’est pourquoi la contre-expertise à venir sera décisive dans ce dossier", affirme l'avocat de la famille, Nabil Boudi.

"Notre famille sera en deuil tant que la vérité n’aura pas éclaté. Nous attendons avec impatience les conclusions du juge d’instruction", a déclaré Murat Keskin, le frère de Merter, à Libération.

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