La SNCF prête à déployer une escadrille de drones pour ses voies

par Guillaume Serries

TOULOUSE (Reuters) - La SNCF a entrepris de tester différents types de drones sur son réseau pour contrôler l'état de ses ouvrages d'art et prévenir le vol de cuivre mais de nombreuses contraintes freinent pour l'heure un déploiement massif de ces engins.

Depuis trois mois, la SNCF expérimente deux scénarios de surveillance et de maintenance de son réseau ferré à l'aide de ces engins volant sans pilote, commandés à distance depuis une station au sol. Dans les deux cas, l'entreprise affirme qu'il s'agissait de premières mondiales.

Mardi dernier, c'est un avion radiocommandé de moins de 2 kilos de la société toulousaine Delair Tech qui a survolé un tronçon de 17 kilomètres entre les gares de Lavaur et de Damiatte, dans le Tarn. Équipé d'un capteur vidéo à capacité diurne et nocturne, l'engin a parcouru pendant trois heures les voies, à la recherche de voleurs de cuivre.

"Les vols de câble, c'est 350.000 heures de travail perdues, la désorganisation de la circulation ferroviaire, et un préjudice financier de l'ordre de 50 millions d'euros", explique Jean-Marie Roméro, directeur aux affaires territoriales SNCF.

Par satellite, le flux vidéo capté par le drone était retransmis en direct à Paris au Poste de commandement national de la sûreté, un moyen rapide mais encore expérimental pour centraliser les informations et réagir au plus tôt.

"La surveillance des voies se fait aujourd'hui par des patrouilles à pied, parfois cynophiles. On organise aussi des vols par hélicoptères. Il nous semble que le drone constitue un outil supplémentaire pour améliorer cette maîtrise de la surveillance des voies", ajoute Jean-Marie Roméro.

En novembre dernier, c'est sur le viaduc de Roquemaure, entre les départements du Gard et du Vaucluse, qu'avait lieu une autre expérimentation. Il s'agissait d'inspecter cet ouvrage d'art de 15 ans d'âge pour repérer d'éventuelles microfissures.

UNE ESCADRILLE DE DRONES?

Le drone à propulsion électrique développé par les sociétés Diades, Red Bird et Azur Drones, d'une autonomie de 20 minutes, ressemble à un hélicoptère de poche. Muni de deux appareils photos HD, il a mitraillé à une distance de cinq mètres le viaduc qui enjambe le Rhône, sans interruption du trafic TGV.

Une petite révolution puisque ces travaux de contrôle s'effectuent normalement uniquement de nuit, avec des trains-travaux, quand les trains commerciaux ne circulent pas. Un travail pénible et long, que le drone peut aisément suppléer.

La SNCF vise d'autres cas d'applications pour les drones. Inspection des parois rocheuses, surveillance des caténaires, détection d'obstacles provoqués par des tempêtes, vérification du bon fonctionnement des aiguillages, ils pourraient remplir de fait une multitude de tâches.

A condition de pouvoir évoluer dans un cadre réglementaire assoupli.

"La DGAC (Direction générale de l'aviation civile) doit revoir un certain nombre de règles pour permettre des vols dans des zones habitées, à de plus basses altitudes", explique Hélène Pascaud, chargée de la communication à la SNCF.

Le marché des drones doit aussi mûrir pour proposer une offre complète. "On est sur ce point dans un challenge global. Il y a aujourd'hui un marché du drone civil qui est à nos portes. C'est un enjeu national, dit Jean-Marie Roméro.

Pour l'heure, la SNCF ne souhaite pas donner de date de mise en service de ces drones, au-delà de la phase d'expérimentation.

Le président de la SNCF "Guillaume Pepy est prêt à mettre en place une véritable escadrille de drones", dit Hélène Pascaud.

"Mais les contraintes sont encore nombreuses. L'écosystème des drones n'est pas encore assez mature, la réglementation doit évoluer et surtout nous devons progresser sur l'utilisation de ces engins dans des conditions climatiques particulières, comme la pluie et le vent", a-t-elle expliqué.

Edité par Yves Clarisse

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