La Russie maintient son projet de conférence sur l'Afghanistan

La Russie a invité un groupe d'hommes politiques afghans à rencontrer des représentants des taliban à Moscou, provoquant la colère du président Ashraf Ghani et du gouvernement de Kaboul tenus à l'écart de ces manoeuvres diplomatiques. /Photo prise le 6 août 2018/REUTERS/Brian Snyder (Reuters)

par Rupam Jain

KABOUL (Reuters) - La Russie a invité un groupe d'hommes politiques afghans à rencontrer des représentants des taliban à Moscou, provoquant la colère du président Ashraf Ghani et du gouvernement de Kaboul tenus à l'écart de ces manoeuvres diplomatiques.

Ces invitations, transmises ces deux derniers mois par des diplomates russes dans la capitale afghane, ont été confirmées à Reuters par l'entourage de six des huit personnalités afghanes contactées, parmi lesquelles l'ancien président Hamid Karzai.

L'ambassade de Russie à Kaboul s'est refusée à tout commentaire.

En août dernier, la Russie a proposé la tenue à Moscou de négociations de paix sur l'Afghanistan et a invité douze pays et les taliban à y participer. Cette conférence devait avoir lieu début septembre mais elle a été repoussée à la demande du président Ghani. Les Etats-Unis avaient également décliné l'invitation.

Trois hauts responsables afghans ont fait part du mécontentement de Kaboul face à cette initiative diplomatique russe qu'ils jugent inopportune.

"Nous avons demandé aux Russes d'annuler un tel sommet, parce que cela ne peut que compliquer encore le processus de paix appuyé par les Etats-Unis, mais ils ont refusé", a déploré l'un d'eux.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré jeudi qu'elle espérait pouvoir annoncer "dans les jours qui viennent" le détail de cette conférence.

HAMID KARZAI VEUT ALLER À MOSCOU

Elle a ajouté que la date de la réunion et le nombre de participants étaient déjà fixés mais que le Kremlin voulait être absolument sûr de tous les détails avant de faire une annonce officielle.

Les Etats-Unis, de leur côté, ne sont pas restés inactifs sur le plan diplomatique. Leur nouvel émissaire pour l'Afghanistan, Zalmay Khalilzad, a rencontré des chefs taliban en octobre au Qatar.

L'ancien président afghan Hamid Karzai, qui a dirigé le pays pendant treize ans après la chute des taliban en 2001, ne ménage pas aujourd'hui ses critiques contre la politique américaine et veut se rendre à Moscou.

"Karzai se rendra en Russie parce qu'on ne peut pas ignorer une telle occasion de discuter avec les taliban", a dit un de ses porte-parole, Mohammad Yusof Saha.

Atta Mohammad Noor, l'un des dirigeants du parti Jamiat-i Islami et ancien gouverneur de la province de Balkh, a également annoncé qu'il irait à Moscou.

Il dit ne voir aucune objection à ce que les Américains et le président Ghani discutent avec les taliban mais il revendique également le droit d'avoir des contacts avec le groupe islamiste. "Personne ne peut décider pour nous qui nous pouvons voir ou pas", a-t-il dit.

"AFFAIBLIR LES ETATS-UNIS EN AFGHANISTAN"

Des dirigeants taliban en Afghanistan ont dit qu'ils enverraient une délégation à Moscou.

Plusieurs pays, notamment la Chine, l'Iran, le Pakistan, le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et le Turkménistan enverront aussi des représentants.

"La plupart des pays ont reconnu notre statut et nous ont invités en tant que force politique spécifique. C'est une victoire pour nous", a dit un chef taliban.

L'initiative russe est condamnée à la fois par Kaboul et par les Occidentaux.

"La Russie cherche à lancer son propre processus de négociations, elle veut clairement affaiblir les Etats-Unis en Afghanistan", dit un diplomate occidental.

En 2014, la Russie a rouvert un centre culturel dans le centre de Kaboul. Depuis 2016, elle a livré des milliers de fusils d'assaut Kalachnikov aux forces afghanes.

"Il est clair que la situation en Afghanistan ne s'améliore pas et que la menace est de plus en plus forte de voir les islamistes radicaux et l'Etat islamique mettre en oeuvre leurs projets", déclare Fiodor Loukianov, un expert de politique étrangère proche du Kremlin.

"Il y a actuellement une dynamique négative et c'est pourquoi il faut relancer les efforts politiques et diplomatiques", ajoute-t-il.

(Avec Hamid Shalizi et Jibran Ahmed à Kaboul, Tom Balmforth à Moscou; Guy Kerivel pour le service français)

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