La pression s'accentue sur Fillon, qui "n'abdique pas"

par Sophie Louet
François Fillon, lâché par une grande partie de son camp à 50 jours du premier tour de la présidentielle, a de nouveau exhorté samedi ses partisans à ne pas "abdiquer" alors que s'accélèrent en coulisses les tractations pour le contraindre à renoncer. /Photo prise le 4 mars 2017/REUTERS/Philippe Wojazer

par Sophie Louet

AUBERVILLIERS, Seine-Saint-Denis (Reuters) - François Fillon, lâché par une grande partie de son camp à 50 jours du premier tour de la présidentielle, a de nouveau exhorté samedi ses partisans à ne pas "abdiquer" alors que s'accélèrent en coulisses les tractations pour le contraindre à renoncer.

A la veille d'un rassemblement controversé à Paris, où son équipe, désormais clairsemée, espère 45.000 personnes, le candidat de la droite et du centre a signifié son intention de tenir bon malgré une campagne à vau-l'eau, qu'il a qualifiée d'"étrange combat" lors d'une réunion publique à Aubervilliers, près de Paris.

L'annonce, durant son discours, de la convocation dès lundi du comité politique des Républicains, réunion prévue initialement mardi, a jeté une ombre de mauvais augure sur la suite des événements.

L'entourage du candidat a aussitôt répliqué : François Fillon considère toujours être le "meilleur candidat" pour faire gagner les idées de la droite. "François Fillon est plus que tout soucieux de la victoire de son camp et de son projet", explique-t-on.

"Tant qu'il estimera qu'il est le meilleur pour assurer cette double victoire, il tiendra bon. Jusqu'à preuve du contraire, c'est le cas aujourd'hui", ajoute-t-on.

Etait-ce seulement l'éclairage? Une atmosphère quasi crépusculaire baignait ce rassemblement de la "société civile", pensé comme un tremplin pour relancer la campagne de François Fillon avant que la justice ne la stoppe net à nouveau, avec l'annonce de sa convocation judiciaire dans l'enquête sur les emplois présumés fictifs dont sa famille aurait bénéficié.

L'équipe de campagne attendait 2.500 personnes, un peu moins de 1.500 s'étaient mobilisées.

Pour tromper une "étrange" pesanteur, des militants ont entonné "Joyeux anniversaire François!" lorsque François Fillon est monté à la tribune.

"J'en ai connu des meilleurs et j'en connaîtrai des meilleurs", a lancé avec un pâle sourire le député de Paris, qui fêtait ses 63 ans.

"LAPIDATION MÉDIATIQUE"

Dans le public, quelques élus et soutiens: les députés "sarkozystes" Eric Ciotti et Luc Chatel, qui a estimé vendredi que remplacer François Fillon par Alain Juppé précipiterait l'élection de Marine Le Pen, les fidèles Jérôme Chartier, Valérie Boyer, Isabelle Le Callennec, son proche conseiller Antoine Gosset-Grainville, Henri de Castries, Charles Beigbeder, son nouveau directeur de campagne Vincent Chriqui.

"On a eu effectivement quelques défections, ça ne nous fait pas peur!", a voulu relativiser Pierre Danon, président du Conseil national de la société civile. "Si les élus ne sont plus là pour faire campagne, eh bien on la fait nous-mêmes!", a-t-il ajouté.

Avant lui, le lieutenant en chef de François Fillon, Bruno Retailleau, avait dénoncé le "lynchage, les insultes et les injures", la "lapidation médiatique" du candidat.

"Cette lapidation médiatique, ne soyez pas naïfs, elle vient à point évidemment", a-t-il déclaré à la tribune, visant "une petite minorité qui voit son pouvoir se perdre dans les urnes."

"Depuis quand il suffit d'un article du Canard enchaîné pour que simultanément le Parquet national financier ouvre une enquête préliminaire?", s'est-il interrogé. "Pourquoi lui ferait-on porter le chapeau d'une pratique ancienne, légale?", a-t-il lancé.

"Que des appareils ne s'avisent pas de modifier cette ligne politique", a-t-il dit sous les applaudissements. "Le peuple de France en a marre de se faire voler ses votes", a-t-il prévenu.

Dans un discours de conclusion, François Fillon, qui avait songé à renoncer le 25 janvier, a effleuré la crise actuelle.

"Cette campagne est un étrange combat", a-t-il simplement déclaré après avoir de nouveau défendu son projet de "liberté".

"Vous êtes courageux. On veut vous intimider. On s’attaque à moi. Mais à travers moi, ce qu’on cherche à abattre, c’est le redressement national et c’est une volonté de changement dont vous êtes chacune et chacun les porteurs", a-t-il lancé d'un ton combatif.

"Je vous le demande, n’abdiquez pas, ne renoncez jamais. Votre engagement doit se poursuivre."

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