La lettre de Virginie Despentes à ses amis blancs "qui ne voient pas le problème"

Louise Wessbecher

RACISME - Après avoir fait partie des dizaines de milliers de manifestants contre les violences policières rassemblés mardi devant le tribunal de Paris à l’initiative du comité de soutien à la famille d’Adama Traoré, Virginie Despentes a sorti sa plume ce jeudi 4 juin dans une lettre diffusée sur les ondes de France Inter.

L’autrice de 50 ans et lauréate du prix Renaudot pour “Apocalypse bébé” commence par y dénoncer le racisme en France que certains ne veulent pas voir. “En France nous ne sommes pas racistes, mais la dernière fois qu’on a refusé de me servir en terrasse, j’étais avec un arabe. La dernière fois qu’on m’a demandé mes papiers, j’étais avec un arabe. La dernière fois que la personne que j’attendais a failli rater le train parce qu’elle se faisait contrôler par la police dans la gare, elle était noire”, rapporte-t-elle dans une longue énumération d’autres exemples similaires.

Le “privilège” d’être né blanc

Elle compare ensuite Assa Traoré, la sœur du jeune Adama Traoré mort en 2016 après son interpellation, à une Antigone contemporaine. “Mais cette Antigone-là ne se laisse pas enterrer vive après avoir osé dire non. Antigone n’est plus seule. Elle a levé une armée”, décrit-elle évoquant la foule scandant “Justice pour Adama” à Paris et dans d’autres villes de France mardi 2 juin.

“Et les blancs nous crions ce même mot d’ordre et nous savons que ne pas avoir honte de devoir le crier encore, en 2020, serait une ignominie. La honte, c’est juste le minimum”, enchaîne Virginie Despentes.

Celle à qui l’on doit “Vernon Subutex” s’adresse ensuite directement à “ses amis blancs qui ne voient pas le problème” détaillant le “privilège” d’être née blanche. “Car le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur. En France, nous ne sommes pas racistes, mais je ne connais pas une seule personne noire ou arabe...

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