La France veut conserver un rarissime chef d'oeuvre de Cimabue

Un petit panneau de peuplier, peint à l'oeuf et fond d'or. Le ministère de la Culture a interdit lundi 23 décembre l'exportation du "Christ moqué" de Cimabue et entend le conserver dans ses collections nationales.La peinture, de 25,8 cm sur 20,3 cm, était accrochée entre le salon et la cuisine d'une vieille dame à Compiègne, dans l'Oise, et avait été expertisée à l'occasion d'un déménagement. La famille avait toujours pensé qu'il s'agissait d'une simple icône, dont la vieille dame n'a pas su dire d'où elle provenait, mais l'expertise a révélé qu'il s'agissait d'une oeuvre rarissime de Ceno Di Pepo, dit Cimabue (mort en 1302). Le peintre est l'une des plus grandes figures de la Pré-Renaissance, et on lui connaît tout au plus onze oeuvres exécutées sur bois dont aucune n'est signée. Vendu à un couple d'acheteurs chiliens "Le Christ moqué" serait un élément d'un diptyque de 1280, dans lequel étaient représentées sur huit panneaux de taille semblable des scènes de la Passion. Seulement deux étaient connues à ce jour : "La Flagellation du Christ" (Frick Collection, New York) et "La Vierge à l'enfant trônant et entourée de deux anges" (National Gallery, Londres). La vente événement a eu lieu à Senlis, fin octobre. C'était la première fois depuis des dizaines d'années qu'un Cimabue passait sous le marteau. Et le tableau, estimé entre 4 et 6 millions d'euros, s'est envolé à plus de 24 millions d'euros, frais compris, devenant le tableau primitif le plus cher adjugé en vente publique dans le monde.C'est un couple de collectionneurs chiliens installé aux Etats-Unis et spécialisé dans l'art de la Renaissance italienne, dont une partie de la collection est actuellement exposée au musée Jacquemart André à Paris, qui l'avait finalement emporté, devant le Metropolitan Museum de New York. Trente mois pour faire une offre d'achat Mais lundi, le ministère français de la Culture a annoncé avoir refusé le certificat d'exportation de l'oeuvre "à la suite de l'avis de la Commission consultative des trésors nationaux." A partir de la notification de cette décision à l'acheteur, l'Etat dispose d'une période de 30 mois pour faire une offre d'achat. "Grâce au temps donné par cette mesure, tous les efforts pourront être mobilisés afin que cette oeuvre exceptionnelle vienne enrichir les collections nationales", a déclaré le ministre Franck Riester, cité dans un communiqué. Outre le fait que cette décision bloque potentiellement l'oeuvre pour une longue durée, elle se double d'un rebondissement, souligne Me Le Coënt, qui avait mené la vente : la femme qui l'a vendue est décédée peu après la vente, et ses héritiers doivent désormais s'acquitter de quelque 9 millions d'euros au titre des droits de succession. Si l'Etat ne parvenait pas à faire dans les délais une offre qui "tienne compte des prix pratiqués sur le marché international", comme le prévoit le code du patrimoine, des possibilités de conciliation sont prévues.