La Dépakine aurait fait au moins 14 000 victimes

AFP PHOTO / Martin BUREAU

Commercialisé pour le traitement de l’épilepsie et mis en cause pour sa dangerosité pour le foetus, la Dépakine aurait fait 14 000 victimes. Ce ne sont pas des estimations officielles mais celles d’une épidémiologiste et de la lanceuse d’alerte de ce scandale sanitaire, publiées dans un livre à paraître ce jeudi.

La Dépakine et les autres formes de ce médicament ont fait au moins 14 000 victimes, c’est ce qu’affirment Catherine Hill, épidémiologiste à l’institut Gustave-Roussy, et Marine Martin, la présidente de l’association de victimes Apesac qui avait révélé le scandale il y a six ans.

Cette dernière publie un livre aux éditions Robert Laffont à paraître demain jeudi, Dépakine, le scandale sanitaire, dans lequel figure une étude de Catherine Hill. “On peut raisonnablement estimer que 14 000 personnes ont présenté des atteintes causées par l’exposition in utero au valproate de sodium”, la molécule active de la Dépakine, conclue-t-elle.

Quels sont les dangers ?

La Dépakine est un médicament commercialisé en France depuis 1967 pour le traitement de l’épilepsie (sous la marque Dépakine, de Sanofi, ainsi que sous des marques génériques), et depuis 1977 pour les troubles bipolaires (Dépakote et Dépamide).

Quand la Dépakine est pris par une femme enceinte, on estime qu’il y a un risque de l’ordre de 10 % que l’enfant naisse avec des malformations physiques ainsi qu’un risque de 30 à 40 % qu’il soit atteint de troubles neurologiques, se traduisant par des formes d’autisme, des retards intellectuels ou des difficultés de coordination.

En 2011, Marine Martin, habitante des Pyrénées-Orientales, s’aperçoit de la dangerosité du médicament. Elle se retrouve avec deux enfants victimes des effets de ce médicament, un adolescent autiste et une fille avec des difficultés de coordination motrice.

Une dangerosité sous-évaluée

Cinq ans après l’alerte lancée par Marine Martin, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) publie une première estimation en février 2016 : elle évalue “entre 425 et 450” le nombre d’enfants nés avec des malformations entre 2006 et 2014 après une exposition in utero au valproate, la molécule active.

Quelques mois plus tard, en août dernier, les chiffres officiels – les seuls existants pour l’instant – tombent : l’Agence du médicament (ANSM) et l’Assurance maladie (CNAM), font état de 14 322 femmes “exposées” au valproate de sodium pendant leur grossesse entre 2007 et 2014. Celles-ci ont donné naissance à 8 701 enfants vivants. Mais la proportion de ces enfants atteints de troubles n’a pas été précisée.

Une évaluation “prudente”

Face à l’absence d’estimation officielle exhaustive, l’épidémiologiste a donc réalisé une estimation basée sur les données disponibles (ventes du médicament depuis 1983, nombre de grossesses et de naissances pour 2007-2014).

Elle a ensuite extrapolé à l’ensemble de la période et a retenu l’hypothèse d'”environ 40 %” d’enfants atteints, “dans l’ignorance de la fréquence de l’association des deux types de problèmes” (physiques et neurodéveloppementaux).

Elle est arrivée donc à l’estimation de 14 000 victimes, qu’elle qualifie elle-même de “prudente”. Elle est en effet partie de l’hypothèse que le rapport entre le nombre de boîtes vendues et le nombre de grossesses exposées entre 1967 et 2006 était le même qu’en 2007. Or “il est possible qu’il y ait eu plus” de grossesses exposées, car les précautions à prendre étaient encore moins connues avant cette date.

Des risques connus depuis les années 80

Son estimation sera-t-elle confirmée par les chiffres officiels ? Une nouvelle étude menée par la Cnam et l’ANSM doit évaluer le nombre d’enfants nés avec des malformations physiques après une exposition à un antiépileptique entre 2011 et 2014. Initialement annoncée pour fin 2016, elle n’a toujours pas été rendue publique.

Plusieurs actions en justice ont été lancées par des familles de victimes ainsi que par l’Apesac, qui reprochent à Sanofi de ne pas avoir informé les femmes enceintes des risques encourus par leurs enfants alors qu’ils étaient “connus depuis le début des années 1980”.

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