L'interrogatoire de Netanyahu coupé par un appel de Trump

par Luke Baker
Un appel téléphonique du président des Etats-Unis Donald Trump a interrompu lundi les policiers qui interrogeaient pour la quatrième fois le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu soupçonné de faits de corruption. /Photo prise le 5 mars 2017/REUTERS/Abir Sultan

par Luke Baker

JERUSALEM (Reuters) - Un appel téléphonique du président des Etats-Unis Donald Trump a interrompu lundi les policiers qui interrogeaient pour la quatrième fois le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu soupçonné de faits de corruption.

Peu après s'être assis avec les enquêteurs à sa résidence à Jérusalem, a raconté un de ses conseillers, Benjamin Netanyahu s'est brièvement excusé pour s'entretenir avec Donald Trump.

"Les deux dirigeants ont longuement évoqué le danger constitué par l'accord nucléaire avec l'Iran (...) et la nécessité de travailler ensemble pour contrer ces dangers", indique un communiqué des services du Premier ministre.

Benjamin Netanyahu, qui est âgé de 67 ans, est soupçonné dans le cadre de deux affaires, l'une portant sur des cadeaux qu'il aurait acceptés d'hommes d'affaires et l'autre sur des conversations qu'il aurait eues avec un patron de presse israélien, Noni Mozes, sur l'idée de limiter la concurrence dans le secteur des médias en échange d'une couverture plus favorable de l'action du Premier ministre.

Benjamin Netanyahu, qui est au pouvoir depuis 2009, n'a pas été inculpé pour le moment.

Une porte-parole de la police a déclaré qu'un communiqué serait rendu public lorsque l'interrogatoire aurait pris fin.

Lorsque l'enquête sera bouclée, la police décidera soit de classer l'affaire soit de recommander une inculpation.

Benjamin Netanyahu a été enregistré à son insu en train de négocier avec le patron de presse, qui est l'un de ses ennemis jurés et possède le quotidien Yedioth Ahronoth. Selon la deuxième chaîne de télévision israélienne, Benjamin Netanyahu a offert de limiter le tirage d'Israel Hayom, un quotidien gratuit favorable au gouvernement et publié par le milliardaire américain Sheldon Adelson, un donateur du Parti républicain, en échange d'une couverture plus favorable par le Yedioth Ahronoth.

Selon le quotidien Haaretz, cette conversation a eu lieu il y a déjà plusieurs mois.

MANOEUVRES EN COULISSES

Alors que les rumeurs vont bon train, la classe politique a entrepris des manoeuvres en coulisse, estimant que des élections législatives auront probablement lieu si le Premier ministre vient à être inculpé.

Il est possible qu'une personnalité de son parti, le Likoud, remplace Netanyahu sans qu'il y ait recours à des législatives anticipées, mais la plupart des observateurs jugent un tel cas de figure peu probable et tablent sur des élections en septembre ou en novembre, en fonction du rythme où iront les choses.

Le Parti travailliste (opposition) doit tenir ses primaires au mois de juillet. L'ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon a fondé son propre parti, et Avi Dichter, ancien chef du Shin Bet (service de renseignement intérieur) et personnalité du Likoud, a annoncé samedi qu'il envisageait de briguer la direction du parti.

"Je suis ici pour diriger, et je serai certainement candidat à la tête du Likoud et au poste de Premier ministre", a-t-il dit.

A en croire les sondages, Yaïr Lapid, chef du parti centriste Yesh Atid qui siège aujourd'hui dans l'opposition, semble l'homme politique le mieux placé pour devenir Premier ministre si Netanyahu doit se retirer. Actuellement, selon d'autres enquêtes d'opinion, Benjamin Netanyahu demeure l'homme politique le plus populaire malgré l'enquête le visant.

Ces dernières semaines, il s'est rendu en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ainsi qu'en Australie. D'autres voyages sont prévus en Russie, en Chine et en Inde. Pour ses détracteurs, ces visites à l'étranger seraient un moyen d'échapper aux interrogatoires, mais pour d'autres, ils confortent sa stature d'homme d'Etat.

Un commentateur politique a établi une comparaison avec Richard Nixon, qui, durant les deux mois précédant sa démission de la présidence américaine, en 1974, s'était rendu en visite en Autriche, en Egypte, en Arabie saoudite, en Syrie, en Israël, en Jordanie, en Belgique et en Russie.

Avi Dichter n'est pas seul à briguer la tête du Likoud. Les rivaux de Netanyahu avancent les noms du ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan, de la ministre de la Culture Miri Regev et du ministre des Transports Yisrael Katz. Quant à Naftali Bennett, du parti d'extrême droite Foyer juif, il pourrait rejoindre le Likoud pour tenter d'en prendre la tête.

(Avec Jeffrey Heller; Eric Faye et Danielle Rouquié pour le service français)

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