L’upcycling, ou l'art de transformer des vieilleries en pièces à la mode

Nawal Bonnefoy
·7 min de lecture
Des créations upcyclées - Miu Miu, Gigette Vintage, TikTok
Des créations upcyclées - Miu Miu, Gigette Vintage, TikTok

“Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”. Si cette célèbre citation de Lavoisier date du 18e siècle, elle pourrait tout autant être le slogan 2021 des pros du "Do It Yourself", et plus particulièrement des adeptes de l'upcycling. De plus en plus de créateurs et de particuliers se lancent dans cette activité manuelle qui consiste à "recycler mais en mieux", et qu'on appelle aussi le surcyclage.

Le concept? Revaloriser des matériaux ou objets démodés ou abîmés, afin de les transformer en quelque chose de plus beau ou plus utile, et surtout, de leur éviter de passer par la case poubelle. Une manière créative de passer le temps, de limiter son impact écologique, mais aussi de faire des économies. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes prônent ce nouveau mode de consommation, à grand renfort d'impressionnantes vidéos avant-après qui donnent une furieuse envie de découper la moitié de sa garde-robe. Et les rideaux.

De couvre-lit à veste branchée

Sur le réseau social TikTok, le hashtag #upcycling enregistre à cette heure 4 milliards de vues, et #upcycledclothing ("vêtements surcyclés") près de 40 millions. Des comptes y sont entièrement dédiés à l'art du surcyclage, et détaillent les différentes étapes de fabrication afin de reproduire le processus chez soi. Parmi eux, celui de Tristan Detwiler, jeune homme aux 120.000 abonnés qui transforme des tissus anciens en pièces bohèmes, à l'instar de ce couvre-lit de 1870, chiné à Marseille et transformé en veste unisexe.

Ou encore Paige Sechrist, suivie par plus de 350.000 personnes, capable de transformer une chemise d'homme en corset tendance, ou un vieux drap zébré en mini-robe et bob assorti. Ses vidéos, hypnotisantes et ultra-créatives, rencontrent un franc succès - l'une d'elle a ainsi été vue plus de 12 millions de fois.

Si les tiktokeurs se sont joyeusement emparés du concept, l'upcycling, n'a rien de nouveau. Le mot existe depuis les années 1990, et en 1989 déjà, le créateur visionnaire Martin Margiela avait fait défiler des mannequins vêtues de hauts fabriqués en sacs plastiques de supermarché. Mais ces dernières années, avec l’explosion de la mode éthique et la prise de conscience générale autour des dérives de la fast-fashion, l'upcycling séduit de plus en plus de marques.

En décembre dernier, la maison italienne Miu Miu présentait Upcycled by Miu Miu: une collection de 80 robes vintage des années 1930 à 1970, chinées aux quatre coins du monde et upcyclées. Mais les particuliers, dont la créativité a été boostée par la pandémie et les confinements, s'y mettent aussi.

“Un geste écolo tout en étant stylée”

C’est notamment le cas de Margaux, une Française expatriée à Londres âgée de 28 ans. Barmaid dans un club fermé depuis des mois en raison de la pandémie, elle trompe l’ennui avec sa paire de ciseaux et du fil à coudre.

“Au début, j’avais juste envie de vêtements uniques, et j’étais très inspirée par des looks sur Instagram. Etant créative, c’était un bon moyen de m’exprimer pour très peu cher”, nous raconte-t-elle. “L’impact écologique est arrivé en second, quand j’ai commencé à m’interésser au problème et à regarder des documentaires sur le sujet. L'upcycling est donc un bon moyen de faire un geste écolo tout en étant stylée".

L'un de ses tout premiers projets a été d’upcycler un pantalon qui ne lui allait plus. Elle l’a transformé en patchs à motifs, ensuite cousus (tout à la main, elle ne possède pas - encore - de machine) sur un cardigan, lui aussi abîmé. Résultat: deux pièces revalorisées, et un nouveau vêtement dans son dressing. La jeune femme s’amuse aussi à chiner, dans les “charity shops” londoniens, des pièces qu’elle souhaite modifier. Comme un lot de cravates transformé en top à nouer (voir vidéo ci-dessous), ou encore une grande chemise blanche qu’elle a destructuré pour en faire une robe.

Elle met environ deux à trois jours pour mener à bien un projet. “Je couds tout à la main, donc le processus est beaucoup plus long qu’avec une machine”, explique-t-elle, assurant que "l'’upcycling, c’est facile". "Pas besoin d’être le plus grand couturier de la Terre pour faire un vêtement ou un accessoire cool, surtout avec les milliers de ressources sur Internet”, assure Margaux.

Accessible aux débutants

“Beaucoup de projets d'upcycling sont accessibles même aux débutants!", confirme Laura, créatrice de 30 ans qui se cache derrière la marque Gigette Vintage, et qui propose régulièrement des tutoriels sur son compte Instagram. Sur sa boutique se mêlent pièces vintage en très bon état, et trésors du passé fatigués à qui elle a donné une nouvelle vie. Parmi eux, des vêtements anciens (nuisettes, lingerie du début du 20e siècle, chemises des années 1980...) transformés en tops courts et modernes.

"En ce moment, je réalise des serre-têtes avec des cravates! Je suis très fière de redonner une vie aux cravates vintage que l'on boude tous un peu malgré leurs magnifiques tissus", explique la jeune femme, enthousiaste.

"Créer quelque chose rend heureux", poursuit-elle. "En upcycling, on propose d'utiliser des choses que l'on a déjà mais dont on ne se sert plus! Vous pouvez donc créer un objet unique, beau, fonctionnel à partir de vêtements ou de choses que vous auriez peut-être jetées. C'est forcément bon pour le moral. Et petit à petit, cela nous amène à réfléchir à ce que l'on possède déjà et aux possibilités que tout ceci nous offre".

Promouvoir une mode circulaire et engagée

A l'instar de Gigette Vintage, de plus en plus de marques indépendantes font le choix du surcyclage et de la mode dite ciruculaire, évitant ainsi la production de nouveaux matériaux, très polluante. Gwendoline, 26 ans, a ainsi lancé sa marque Redonne Une Vie l'an dernier à Montpellier, après avoir récupéré "plus de dix kilos de boutons dans une association, qui dormaient dans un placard depuis des années". Des boutons qu'elle transforme en bagues, bracelets, barrettes ou encore boucles d'oreilles - des créations appellées "Ptites Buttoms".

L'upcycling, cette auto-didacte s'y est mise par passion, grâce "à des vidéos et beaucoup de patience". Avec sa marque, elle essaie aussi d'attirer un public moins sensible aux dérives de l'industrie de la mode, par exemple en adaptant "les tendances de la fast-fashion à l'upcycling afin de faire adhérer le concept à des personnes non initiées".

Portées par le même combat contre la surconsommation, Daphné et Mona ont créé RESAP Paris, une marque de vêtement upyclés pour "offrir la possibilité à notre génération de s'habiller en accord avec ses valeurs, autant écologiques qu'éthiques", nous disent-elles.

"Pour nous l'upcycling s'est présenté comme une évidence pour faire évoluer l'industrie de la mode qui est extrêmement polluante et touchée par l'esclavage moderne", détaillent les créatrices. "Autour de l'upcycling nous avons trouvé une porte pour réunir et fédérer des personnes qui avaient envie de faire évoluer les choses, casser les codes mais aussi créer, rêver et imaginer le monde de demain".

Soucieuses elles aussi de rendre l'upcycling accessible au plus grand nombre, Daphné et Mona proposent des pièces au style chic et urbain résolument moderne, avec un prix moyen de 50 euros. RESAP Paris, c'est aussi des kits de "Do It Yourself" et des ateliers, "afin d'impliquer les gens dans notre mission", disent-elles. "L'idée est de leur montrer qu'eux aussi peuvent créer, apprendre à coudre et transformer leurs propres vêtements, on veut leur montrer qu'il existe réellement une infinité de possibilités à travers le vêtement", détaillent les créatrices, avant d'ajouter: "Si tout le monde se met à réparer et upcycler ses vêtements le monde changera!".

Article original publié sur BFMTV.com