L’Haïtien Peterson Désir remporte le Prix des jeunes écritures RFI-AUF

·5 min de lecture

Avec sa nouvelle « L’île muse », l’étudiant haïtien Peterson Désir, 20 ans, a remporté mardi 27 octobre le Prix des jeunes écritures RFI-AUF, créé pour encourager l’écriture de récits courts d’expression française. Le Prix du public de cette deuxième édition a été décerné à l’Haïtien Louendy Chery pour « Le minuscule géant ».

« Participer à un concourt d’une telle envergure, c’est un grand défi, mais je me suis dit : qui ne tentera rien, n’aura rien. Alors, j’ai envoyé mon texte », s’exclame Peterson Désir au téléphone, avec la ferveur d’un jeune lauréat fraîchement couronné.

Composer une nouvelle, de 8 000 caractères maximum, et commencer avec les premiers mots du second livre de l’écrivain franco-afghan Atiq Rahimi : « Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés ? Peut-être les deux », voilà le défi lancé par l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) auprès des étudiants de ses 1 007 universités et établissements d’enseignement supérieur membres dans 119 pays et diffusé sur les ondes de RFI.

« Le jour où je suis né »

Peterson Désir a tiré son épingle de jeu parmi les 673 œuvres en compétition. Le jury, présidé par le prix Goncourt 2008 Atiq Rahimi, a félicité le lauréat pour son grand esprit de liberté. En effet, là où l’écrivain franco-afghan avait évoqué dans Les mille maisons du rêve et de la terreur l’histoire de l’Afghanistan et le destin de cinq personnages qui essaient d’échapper à la terreur par la folie, le jeune Haïtien décide de couper court à tout mimétisme. Il prolonge l’incipit de Rahimi avec ses propres phrases fulgurantes : « Franchement, je m’en fous. L’obscurité, ça me connaît. Elle fut témoin de ma naissance. Le jour où je suis né, trois personnes sont mortes au bloc opératoire à cause d’une coupure de courant. »

Pour le jeune écrivain haïtien, « la plus grande contrainte a été de respecter les 8 000 signes. Dire ce qu’on a envie dans 8 000 signes, ce n’est pas très facile. De poursuivre l’incipit d’Atiq Rahimi était aussi un grand challenge, mais je me suis dit : plus c’est dur, plus c’est intéressant et plus juteuse sera la victoire. »

« Nous, les dirigeants de l’enfer »

Dans L’île muse, l’étudiant haïtien Peterson Désir se met lui-même en scène dans un univers qu’il connaît bien, son pays natal, transformé en lieu emblématique donnant la leçon au petit-fils du diable. Sur cette île pas comme les autres, on rencontre une Haïtienne « qui ne connaît rien au pays », les « Grands 20 » et bien sûr le prince de la mort avec son constat cynique : « Nous, les dirigeants de l’enfer, on s’inspire des méthodes des dirigeants de ton pays pour rendre notre royaume plus infernal ».

Pour Peterson Désir, la littérature permet de « parler des sujets qui fâchent, sans pour autant blesser personne, parler de ce qui fait mal, sans pour autant crier à l’aide », a-t-il réagi après l’annonce du prix et avoué : « La littérature est quelque chose qui me sauve la vie tous les jours ».

Gary Victor et sa façon d'écrire

Avec ce prix, l’étudiant en communication sociale à la faculté des sciences humaines de l’université d’Etat d’Haïti fait sa première percée dans cet univers nommé littérature en langue française où beaucoup de Haïtiens excellent, de la romancière Yanick Lahens jusqu’au poète Frankétienne en passant par l’académicien Dany Laferrière, le poète de la diaspora haïtienne René Depestre ou le poète James Noël... « Dès mon plus jeune âge, j’ai commencé à lire Gary Victor et Lyonel Trouillot. En plus, j’ai eu Gary Victor comme professeur de dramaturgie à la faculté des sciences humaines. Cela a influencé pas seulement ma volonté, mais aussi ma façon d’écrire. »

Le prix du jury lui permettra de profiter d’« un séjour à l’international d’expériences culturelles et littéraires d’une valeur de 2 000 euros, dès que les conditions le permettront ». En attendant, Peterson Désir, nom de plume PetDesir_PouEkilibLa, a déjà hâte de sortir d’autres manuscrits de son tiroir, par exemple Lettre à ma mère qui évoque également la situation de son pays natal, mais aussi Pour la nuit et pour la vie, « quelque chose d’érotique, ce qu’un adolescent ou un étudiant rencontre assez facilement dans sa vie... »

Louendy Cheryet, lauréat du Prix du public

Avec son envie de partager les choses, Peterson Désir va certainement trouver ses lecteurs. Sur la plateforme du prix, les 673 œuvres en lice ont déjà enregistré 510 000 lectures et 63 400 commentaires sur le site short-edition.com. Le Prix du public de l’édition 2020 du Prix des jeunes écritures RFI-AUF a été décerné à son compatriote Louendy Cheryet, étudiant en médecine, également à l’Université d’Etat d’Haïti, pour sa nouvelle Le minuscule géant. Après 92 100 votes d’internautes dans le monde entier, son texte a réuni 43 100 lectures et plus que 13 000 mentions « j’aime » sur le site de Short Édition.

Cliquez ici pour écouter la lecture du texte lauréat L’île muse, de Peterson Désir

► À lire aussi : Le Prix RFI Théâtre 2020 décerné au Guinéen Souleymane Bah pour «La Cargaison»

► À lire aussi : L'Ivoirien Yaya Diomandé, premier lauréat du prix «Voix d'Afriques»