L’existence sur un fil

Libération.fr

L’introspection d’un homme entre deux bulletins radio par l’Irlandais Mike McCormack

Un homme seul dans sa cuisine en milieu de journée, l’esprit happé par le tintement de la cloche de l’église, part dans une intense rêverie. Marcus Conway habite depuis vingt-cinq ans avec sa femme, Mairead, dans une maison située à la sortie de Louisburgh, dans le comté de Mayo, sur la côte occidentale de l’Irlande. La cloche de l’Angélus, se dit-il, dont le son retentit dans la campagne alentour, sur Clew Bay, sur les toits autour de la rivière Bunowen, sur les routes, les montagnes, les rivières et les lacs… Sur cette nature qu’on imagine sauvage, ondulée et verdoyante. Sur un monde en soi, extérieur et pérenne, à en donner le vertige.

C’est le ressenti d’un homme face à lui-même et à son existence que l’écrivain irlandais Mike McCormack, qui a grandi dans une ferme dans le même village, évoque en profondeur. C’est une longue phrase mentale qui n’a pas de début, qui progresse en oscillations, sans jamais de majuscules ni de points. Ce serpentin se déploie tout le long du livre, au rythme de l’esprit buissonnier, comme dans toute conscience au fond, insensible à une ponctuation purement fonctionnelle destinée à se faire comprendre d’autrui à l’écrit.

Arc. Sans transition, le journal sur la table dont Marcus se saisit devient aussi l’objet d’un dévidement. Il passe de la lecture d’une analyse sur le récent effondrement économique après la nuit du 29 septembre 2008 où tout le système bancaire a failli imploser à la grève de la faim d’une militante écologiste contre un consortium énergétique qui veut faire passer un pipeline de gaz au nord du comté de Mayo. Le plus grand poseur de canalisations au monde, au nom qui laisse songeur, le Solitaire, a d’ailleurs commencé son office dans les fonds marins de Broadhaven Bay.

Il imagine alors la petite femme émaciée face au gigantesque navire. «c’est comme ça qu’on perd le fil / assis ici dans cette cuisine / qu’on perd le fil en ressassant un (...)

Lire la suite sur Liberation.fr

Sur Libération.fr
A La Baconnière, «la question de l’observation est importante»
La science naturellede Kathleen Jamie L’univers en un «Tour d’horizon»
«Dans le faisceau des vivants», Appelfeld mis en lumière
«Un père à la plancha», le deuil sur le gril