L’exil, parcours du cœur battant

Libération.fr

Avec son élégance habituelle, Aki Kaurismäki stylise les mésaventures d’un réfugié clandestin syrien en Finlande.

Quelle est cette matière qui entoure les personnages des films d’Aki Kaurismäki ? Ce halo de silence enjolivé par le cadre, saturé de couleurs vives, meublé d’objets signifiants ? C’est un nuage intemporel et cotonneux, qui les décale et les décadre, et a pour nom l’expectative. Ses personnages, jouets d’un destin soufflant le chaud et le froid, sont toujours sur le qui-vive, jamais à l’abri d’une bonne surprise ni d’un fâcheux coup du sort.

Recadrages. Prenez Khaled, héros de son dernier film, l’Autre Côté de l’espoir. Réfugié syrien clandestin, vu aux tout premiers plans s’ébrouant dans un tas de charbon avec une raideur de Chaplin, il est accueilli par les flics de Finlande d’un sobre «welcome» (on se pince), enjoint de raconter son épopée avec neutralité, puis sommé de rentrer chez lui par une décision aussi absurde qu’irrévocable. Joué avec un calme inquiet par Sherwan Haji, Khaled traverse ces péripéties dans un quasi-mutisme, valsant entre le centre de rétention où il se lie d’amitié avec Mazdak, réfugié irakien qui lui conseille de «sourire, car ici on renvoie les gens tristes», les rues où il s’enfuit et fera de bonnes et mauvaises rencontres, et un restaurant où il est finalement recueilli par un proprio n’ayant pas abandonné toute idée d’humanité. Wikhström (Sakari Kuosmanen), simili John Wayne en costume de polyester, ex-représentant de commerce, a racheté ce rade agonisant après avoir gagné au poker : c’est l’autre bénéficiaire de la générosité capricieuse du scénario.

Rien de gratuit ni d’arbitraire, toutefois, dans ces mésaventures. A mesure que les deux destins se rejoignent, le film déploie dans ses plans léchés un argumentaire limpide, et se dégage l’idée que les va-et-vient sont autant de saynètes offertes au spectateur contemporain comme recadrages d’une situation qu’il pense connaître mais ne connaît pas assez bien, celle des réfugiés (...)

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