« L’Europe n’est plus un continent de paix » : à l’Assemblée, Zelensky dresse un parallèle entre la guerre en Ukraine et la Seconde Guerre mondiale

En visite à Paris, après les commémorations du 80e anniversaire du Débarquement en Normandie, Volodymyr Zelensky et sa femme ont été accueillis à l’Assemblée nationale ce 7 juin. Le président ukrainien a prononcé un discours, devant un hémicycle presque plein, malgré les polémiques entourant sa venue.

Après la prise de parole d’Emmanuel Macron aux 20 heures de France 2 et TF1 ce jeudi, l’invitation de Zelensky à l’Assemblée est également dénoncée comme une tentative d’instrumentalisation de la guerre en Ukraine, à deux jours des élections européennes. « C’est une volonté de manipulation de l’opinion », a dénoncé Marine Le Pen ce mercredi sur Sud Radio.

« De la même façon que nous ne choisissons pas le jour du Débarquement, malheureusement la guerre ne connaît pas d’interruption », s’était défendue la présidente de l’Assemblée. Yaël Braun-Pivet, qui s’était exprimée de son côté devant le Parlement ukrainien en mars dernier, a ainsi accueilli Zelensky dans l’hémicycle en lui assurant : « Sur le respect du droit international et l’intégrité de l’Ukraine, la France et ses députés ne transigeront pas. »

« Tout cela vise l’Ukraine aujourd’hui, mais demain cela peut viser d’autres pays »

Des le début de son discours, le président ukrainien a convoqué les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale, au lendemain de la cérémonie de commémoration à Omaha Beach à laquelle il était convié. « Sur la côte normande, où nous nous sommes tous souvenu de la Seconde Guerre mondiale et où nous avons remercié les vainqueurs, il y avait deux sentiments. Un sentiment de joie d’avoir remporté la victoire et un sentiment de devoir de nouveau obtenir la liberté, car nous vivons à une époque où l’Europe n’est plus un continent de paix », a-t-il rappelé, sous des applaudissements nourris.

« Cette bataille pour l’Ukraine a désormais pour l’Europe la même signification existentielle que les batailles gagnées par des générations précédentes d’Européens », a poursuivi Volodymyr Zelensky. Au-delà des frontières ukrainiennes, le président estime en effet que la guerre menace directement l’Union européenne. Ses nombreux remerciements aux députés se sont ainsi doublés de mises en garde : « Tout cela vise l’Ukraine aujourd’hui, mais demain cela peut viser d’autres pays. Nous voyons déjà comment cette agression peut se développer dans les pays baltes, en Pologne, dans les Balkans… Le régime russe ne connaît pas de limites. »

« Je suis reconnaissant pour ce que vous faites déjà mais, pour la paix juste, il faut plus »

Volodymyr Zelensky a également fait référence aux menaces russes qui pèsent sur la France, avec l’implication grandissante du pays dans le conflit. Ce 4 juin, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a en effet affirmé ne pas exclure des frappes contre les instructeurs militaires présents sur le sol ukrainien, « peu importe qu’ils soient français ou non ». Lors de sa prise de parole sur TF1 et France 2 ce 6 juin, Emmanuel Macron a confirmé que des instructeurs pourraient être envoyés à l’ouest de l’Ukraine, éloignés de la ligne de front, pour entrainer et équiper une brigade de plusieurs milliers de soldats ukrainiens.

« Aucun mal à travers le monde ne doit avoir l’audace de s’opposer à la France et de déclarer les Français comme des cibles militaires », a dénoncé Volodymyr Zelensky devant les députés. Le président ukrainien est également revenu sur l’une des annonces faite par Emmanuel Macron la veille : la cession d’avions Mirage 2000-5, « des avions de combat français qui permettront à l’Ukraine de protéger son sol, son espace aérien », a précisé le chef de l’État. « Votre aviation de combat, vos chasseurs brillants, sous la direction des pilotes ukrainiens, prouveront que l’Europe est plus forte que le mal qui a osé la menacer », a salué Zelensky.

Après avoir esquissé plusieurs phrases de remerciement en français, le président ukrainien a tout de même appelé la France à ne pas faiblir dans son soutien. « Je suis reconnaissant pour ce que vous faites déjà, mais pour la paix juste il faut plus », a-t-il affirmé. Un appel qu’il renouvellera sans doute lors de son entretien avec Emmanuel Macron, prévu en fin d’après-midi à l’Élysée.