L’avènement de Charles III, roi des allumés

La pluie tombe dru sur la place du Parlement en cette semaine de la fin d’avril. L’étrange escorte policière à vélo de Rishi Sunak [Premier ministre britannique] se fraie un chemin dans le centre de Londres en hurlant. La capitale ressemble à un Burning Man bruineux et gothique. Des hordes de manifestants d’Extinction Rebellion se blottissent les uns contre les autres dans leurs tenues violettes et orange, comme des pénitents d’une ville romaine défunte.

Disparues les étranges processions de prêtresses accusatrices vêtues d’écarlate qui marquaient leurs premières manifestations. Les protestataires se sont retirés dans l’espace esthétiquement sûr d’un bar de syndicat étudiant tout droit sorti des années 1990, une atmosphère lourde d’effluves de snakebite [cocktail bière-cidre], de tabac à rouler et de manifestations contre les bretelles d’autoroute qui sont probablement leur mythe fondateur, l’Arcadie perdue du monde de la protestation écolo. Et entre ces deux mondes, traversant silencieusement la foule dans sa voiture avec chauffeur, inscrutable derrière les vitres en verre dépoli, est assis le pont vivant entre ces deux Angleterre : le roi.

Tension entre magie perdue et banalité

Cela fait toujours bizarre de dire le roi. Impossible de ne pas savourer l’expression comme si elle était entre guillemets. Aucun autre titre britannique n’incarne autant la tension entre la magie perdue du royaume et la banalité de la vie publique moderne. Notre nouveau roi, qui remplace la grand-mère usée par les soucis qui incarnait la diminution de l’État britannique de l’après-guerre, demeure un mystère, mi-mystique athonite, mi-dandy dorloté.

De même que l’éco-mysticisme païen d’Extinction Rebellion et la passivité-agressivité à sonnette insistante de la cavalerie cycliste de Sunak, le roi représente deux voies divergentes pour l’avenir du Royaume-Uni. Pour ses partisans, dont je suis, qui sont enclins à voir en lui – mi-sérieusement, mi-ironiquement – une figure de proue du post-libéralisme, un champion des petites exploitations agricoles familiales et d’un mode de vie disparu, le roi peut encore être le présage d’une certaine renaissance.

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