L’artiste sénégalais Beni Fadi chante pour sauver sa langue

Benoît Fader Keita, nom de scène Beni Fadi, n’avait pas prévu de faire de l’électro, mais après un premier spectacle à guichets fermés à Dakar, le mois dernier, il pense que ce genre pourrait sauver de l’extinction la langue qu’il aime tant. “La techno a un attrait international. Tout le monde est venu à ce concert – il y avait des gens de beaucoup de pays différents, confie-t-il. C’était probablement la première fois qu’ils entendaient quelqu’un chanter en mënik.”

Keita, 36 ans, est bedik, une minorité du sud-est du Sénégal. Le mënik, sa langue maternelle, est parlé par moins de 4 000 personnes. L’Unesco la considère comme l’une des près de 2 500 langues en danger du monde.

Quand Keita est arrivé dans la capitale sénégalaise pour faire des études, en 2008, il a découvert avec stupéfaction que très peu de gens avaient entendu parler de sa communauté dans son université. “Personne ne parlait ma langue. Personne ne savait rien des Bedik, la plupart des gens ne connaissaient même pas notre existence. Ça m’a vraiment choqué de constater qu’aucun de ces gens n’avait entendu parler de nous, même dans mon pays. C’est là que j’ai pris conscience qu’il fallait que je fasse quelque chose”, raconte-t-il.

Du reggae à la musique électro

Keita a des concerts prévus à Paris* et à Berlin, et va sortir un EP de quatre titres produit par les poids lourds de l’électro panafricaine Electrafrique et RISE, un grand moment dans son combat individuel pour faire revivre sa langue.

DJ Cortega, un des fondateurs d’Electrafrique, l’avait entendu à Bandafassi, la ville natale du chanteur, en 2020. Il confie :

“J’ai été immédiatement touché par son histoire et par ce qu’il essayait de faire, J’ai aimé la versatilité de sa voix.”

Farkoko (“caméléon”, en mënik), le titre du disque, traduit le fait que Keita s’est adapté à un nouveau style musical.

Le chanteur a commencé à faire de la musique, essentiellement du reggae, et à poster des morceaux autoproduits sur Facebook et YouTube en 2018. L’un d’entre eux accusait les responsables politiques d’avoir tous trahi leur promesse de s’attaquer aux questions de sécurité dans sa région ; un autre fulminait contre une chaîne d’information pour avoir répandu des mensonges sur les Bedik.

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