L’arme du blé

Courrier international

“J’ai dû réduire le nombre de repas. Nous mangeons seulement le matin et le soir […]. La margarine, les œufs et le cervelas ont beaucoup augmenté. Alors on mange du pain, sans rien.”

Ce témoignage, glaçant, d’une habitante de Johannesburg, en Afrique du Sud, a été publié par le Mail and Guardian dans un article que nous avons choisi de traduire dans notre dossier cette semaine. Le journal a recueilli des témoignages similaires au Kenya. Au Tchad, les autorités ont décrété l’“urgence alimentaire”.

“Sur l’ensemble du continent africain, les prix des produits du quotidien sont en train de grimper en flèche et les aliments ordinaires deviennent des produits de luxe”, écrit le Mail and Guardian. Même phénomène au Moyen-Orient, qui dépend très largement, comme l’Afrique, des importations de blé ukrainien et russe. En Égypte, devant la flambée des prix des céréales, les autorités lâchent du lest pour désamorcer la bombe sociale. Au Liban, la cherté du blé aggrave encore l’hyperinflation. Une situation qui risque de plonger des millions de personnes dans la famine, avertissait en mars, déjà, The Economist.

Comment en est-on arrivé là ? C’est la question au cœur de notre dossier. Et la réponse est complexe. La guerre en Ukraine n’explique pas tout et, contrairement à certaines idées reçues, il n’y a pas de pénuries de blé. Simplement, le blé est devenu une “arme psychologique”, comme l’explique très bien l’article du Washington Post qui ouvre notre dossier, et à ce jeu-là, c’est encore Vladimir Poutine qui tire le mieux les ficelles, souligne le quotidien américain :

“Il est passé maître dans l’art de la propagande et, comme tous les manipulateurs, il sait qu’il suffit de gérer soigneusement les perceptions pour qu’elles deviennent réalité.”

Il a suffi que le président russe menace de limiter les exportations de blé russe (et bloque celles de l’Ukraine) pour affoler les marchés – et encourager la spéculation. Explications du Washington Post :

“Le blé est une denrée précieuse, à la fois symbole et aliment. Le pain est un indicateur de stabilité – ou d’instabilité. Et c’est ce qui en fait un outil de propagande si puissant. Le véritable danger n’est pas qu’il y ait une pénurie mondiale, mais que la peur crée un climat de panique qui fasse grimper les prix et prive de nourriture ceux qui ont faim.”

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