L'incendie géant en Australie, certaines plantes s'en sont fait un allié

ÉCOSYSTÈME - Les terres brûlées sont bien capables de donner plus de blé qu’un meilleur avril. Jacques Brel n’était pas australien, mais dans ce pays le chanteur aurait eu plus encore raison qu’ailleurs. Alors que les premières pluies marquent peut-être enfin le crépuscule des incendies qui ont ravagé l’île, la flore du bush n’en est pas à son premier brasier. Cette végétation souvent rase et en apparence sèche s’est adaptée d’une manière remarquable aux feux qui embrase régulièrement les terres. 

Comme vous pouvez le découvrir dans la vidéo en tête de cet article avec trois exemples de plantes emblématiques de l’Australie aux stratégies surprenantes, l’évolution a marqué de son empreinte la végétation. Ce n’est en effet pas d’hier que la forêt y affronte des incendies: on estime que depuis le crétacé au moins, soit il y a plus de 100 millions d’années, ils sont une donnée majeure de l’écosystème de ce pays. 

Face à l’incendie, les espèces locales ont adopté des comportements allant de la conservation des graines, comme le genre Xanthorrea, jusqu’à l’utilisation active du feu et de ses bienfaits. À l’image de plusieurs variétés de Banksia, dont les fleurs extravagantes sont un véritable coffre-fort ne s’ouvrant que sous certaines conditions. 

Protéger les graines coûte que coûte

En Australie comme ailleurs, le feu peut en effet être un allié pour l’écosystème naturel. Il agit sur les nutriments en enrichissant le sol, fait baisser la pression de prédateurs sur les végétaux, libère de l’espace pour les jeunes pousses dans les environnements trop denses. Contrôlé, il est considéré dans les parcs naturels comme un phénomène normal de la vie d’un écosystème.

Dans le bush, la fréquence des incendies a façonné la résistance des végétaux, et souvent leurs techniques de reproduction. On trouve ainsi en Australie de nombreuses plantes dont les graines sont affublées d’un élaiosome, une partie charnue particulièrement attirante pour les fourmis, qui s’en servent comme nourriture. Elles ramènent ainsi le tout jusqu’à la fourmilière, sous plusieurs centimètres, voire mètres, de terre... et les graines ainsi stockées échappent au sort funeste de la végétation en surface lorsque fait rage la saison des feux. 

Les eucalyptus, dont l’Australie compte plus de 300 variétés natives, ont eux aussi leur technique pour assurer la survie de leur lignée. Certains, comme l’obliqua, possèdent des troncs à l’écorce épaisse, capable de résister à un foyer modéré. Et si le sort s’acharnait, priorité à la descendance: les fruits de l’eucalyptus se trouvent dans la canopée, sur les branches les plus hautes de l’arbre. C’est l’endroit que les flammes ont le mois de chances d’atteindre.

Le feu comme un bienfait

Se protéger du feu, c’est aussi parfois profiter des bienfaits de l’après. Stimulées par l’extrême chaleur, de nombreuses plantes ne fleurissent qu’après le passage des flammes, à l’image des macropidia du Sud-ouest australien, ou de la superbe nutsia fluribunda, aussi appelée “arbre de Noël australien”. 

La palme de l’utilisation proactive de la saison des feux revient cependant à certaines espèces, qui non seulement attendent l’incendie, mais font de plus en sorte de ne pas être oubliées par le brasier.  C’est le cas par exemple de certaines variétés de Banksia. Ces arbustes laissent sécher une couronne de feuilles autour leurs énormes fleurs. Elles s’assurent ainsi qu’au premier embrasement, elles ne seront pas épargnées.

Ces plantes emblématiques de l’Australie ont fait du feu la clef de leur reproduction: au coeur des fameuses fleurs, les solides cosses ne s’ouvrent qu’après l’action intense d’un feu. Aucune chance donc pour des prédateurs de faire bombance. C’est aussi l’assurance pour les graines de tomber sur un sol fraîchement fertilisé, libéré d’une bonne partie de la concurrence...et où un incendie ne devrait plus passer pour les mois à venir.

Faune ou flore, l’équilibre est bouleversé

Autant de stratégies éprouvées qui ont permis à la végétation australienne de survivre et prospérer dans des conditions souvent arides, assurant que dès les prochaines pluies, les paysages dévastés commenceront rapidement à reverdir. Après une saison de feux historiquement destructrice pourtant, ces comportements ne suffisent pas à rassurer sur l’état de l’écosystème australien.

À l’image des animaux qui malgré certains réflexes acquis face aux incendies, sont massivement victimes des brasiers de ces derniers mois, la flore australienne ne sortira pas indemne de cette saison qui cumule les superlatifs. 

Dans certains foyers, les flammes ont atteint 70 mètres, avec des températures dépassant les 1000 degrés Celsius: ces chiffres déjouent nombre de stratégies de survie, animales comme végétales. La tendance à l’assèchement du pays, qui a vu jusqu’à 25% de pluies en moins par rapport aux années 90, est un élément de pression supplémentaire pour des plantes qui ont mis des millions d’années à vivre harmonieusement avec leur environnement.

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