L'ancien chef d'état-major des armées français sert maintenant les Américains, est-ce normal?

Samuel Faure
Le Président Emmanuel Macron et le général Pierre de Villiers lors du défilé du 14 juillet sur les Champs-Elysées à Paris, le 14 juillet 2017.

L'information est passée presque inaperçue. Les Échos ont annoncé la semaine dernière le recrutement du général Pierre de Villiers, chef d'État-major des armées (CEMA) de 2014 à 2017, par l'entreprise de conseil américaine, Boston Consulting Group (BCG). Senior advisor au BCG à partir du 3 avril 2018, le général de Villiers devient de ce fait, le premier CEMA, plus haute autorité militaire de l'État français, à poursuivre sa carrière au sein d'une entreprise privée étrangère.

Pourquoi pas? Si le général de Villiers était américain, la nouvelle aurait été accueillie non seulement comme une évidence mais aussi avec des éloges, en considérant ce recrutement comme un gage de valeur de ses compétences. Les journaux auraient fait remarquer que le général de Villiers ne se cantonne pas à des positions gouvernementales parce qu'il est "bankable", ce qui n'est pas donné à tous les décideurs militaires. Et pourquoi ne pas considérer que l'on peut servir d'autres intérêts, en l'occurrence privés et étrangers, après avoir servi ceux de son pays pendant plus de quarante ans? Business as usual, outre Atlantique. Mais le général de Villiers n'est pas américain. Il est français et fier de l'être, comme il le dit et le répète dans son livre, "Servir", succès de librairie depuis sa publication en novembre 2017.

Qu'en est-il des autres CEMA? Dans les années 1990 ou 2000, aucun des prédécesseurs du général de Villiers ne travaille pour Accenture, EY ou McKinsey après avoir été CEMA, la plupart d'entre eux restant même dans la "sphère publique". On se rappelle que l'Amiral Lanxade est nommé ambassadeur de France en Tunisie, le général Bentégeat prend la direction du comité militaire de l'Union européenne (UE) et le général Georgelin devient grand chancelier de la Légion d'honneur. Les esprits informés se rappellent de la trajectoire professionnelle du prédécesseur du général de Villiers, l'Amiral Edouard Guillaud, CEMA de 2010 à 2014. Quand le général de Villiers succède à l'Amiral...

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