L’année 2021 des Observateurs en 10 images

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L’année 2021 aura encore été rythmée par la pandémie de Covid-19 et les rebonds provoqués par ses variants. Mais partout dans le monde, des citoyens, des activistes, des témoins anonymes continuent de montrer ce qui se passe chez eux : leurs images et leurs récits sont des témoignages, parfois uniques, de l’actualité vue sous un autre angle. De Téhéran au Tigré éthiopien, de Rangoun à Beyrouth, retour sur dix images qui ont fait 2021.

9 février - Naypidyaw, Birmanie : une femme tuée par un tir des forces de l'ordre

Depuis le coup d’État du 1er février, au cours duquel l’armée a arrêté notamment la dirigeante Aung San Suu Kyi, des milliers de Birmans manifestent chaque jour, et font face à la répression sanglante du nouveau régime. Le 9 février, sur le rond-point Thapyaygone de la capitale Naypidyaw, une femme au t-shirt rouge observe les forces de l’ordre qui avancent vers les manifestants. Une salve de canon à eau est lancée dans leur direction. On entend alors deux détonations et la jeune femme, touchée à la tête, s’effondre. Des manifestants lui portent secours, puis la déplacent, alors qu’elle est inanimée. Elle s’appelait Mya Thwe Thwe Khaing. Elle succombera dix jours plus tard.

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11 février - Mutwanga, RD Congo : des habitants du Nord-Kivu paradent avec le corps d’un rebelle ADF

Accusé de massacres de civils, le groupe rebelle ADF terrorise la région du territoire de Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo. En 2019, ce groupe originaire d’Ouganda a fait allégeance à l’organisation État islamique. L’armée congolaise semble impuissante à le neutraliser. Mais le 11 février, elle expose le corps d’un homme présenté comme un combattant des ADF et tué en marge de combats dans la ville de Mitwanaga. Elle laisse les habitants s’en emparer. Sous des applaudissements, des centaines de personnes commencent alors une procession avec le corps. "On croyait que les rebelles ADF étaient invincibles", témoigne notre Observateur Ricardo Rapenzi, directeur de la radio locale Ruwenzori Voice.

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Mars - Tigré, Éthiopie : de rares images témoignent de l’horreur du conflit éthiopien

C’est une vidéo tournée le 5 janvier mais qui ne commence à circuler qu’en février. Après une longue enquête, nous parvenons à l’authentifier : elle témoigne d’un massacre commis par l’armée éthiopienne dans le village de Mai Harmaz, situé dans la localité de Debre Abay, dans la région du Tigré. Depuis le 4 novembre 2020, un conflit oppose les forces gouvernementales et les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Sur la vidéo, on voit 30 corps étendus au sol, avec des traces de sang, et des hommes en uniforme échangeant en amharique, langue officielle de l’Éthiopie, et ironisant sur la situation. Alors que le gouvernement d’Abiy Ahmed interdit l’accès à la zone aux journalistes et ONG, cette vidéo constitue un document essentiel sur les atrocités commises dans le cadre de ce conflit.

>> RELIRE SUR LES OBSERVATEURS - Éthiopie : dans un conflit "sans images", la vidéo d'un massacre documente un possible crime de guerre au Tigré

Quelques jours plus tard, une autre vidéo nous parvient. Elle est insoutenable : tournée à l’hôpital d’Adigrat, ville du Tigré, elle montre un médecin retirer plusieurs objets de la cavité vaginale d’une femme. Elle est tigréenne, elle a été violée pendant plusieurs jours, à répétition, par des soldats érythréens, alliés à l’armée éthiopienne. Cette vidéo est un document qui permet d’attester clairement du recours au viol comme arme de guerre. Notre enquête est à retrouver ici.

7 mars 2021 - Yémen : les réfugiés éthiopiens pris au piège d’un pays en guerre

Certains rêvaient de rejoindre l’Arabie saoudite pour y gagner un salaire décent, d'autres de trouver un asile politique au Yémen... mais beaucoup ignoraient que le pays était ravagé par un conflit entre les rebelles houthis et les forces loyalistes. Et qu’ils se retrouveraient pris au piège. "Les milices houthies capturent tous les migrants et les réfugiés qu’ils repèrent dans les rues et en font des prisonniers en vue de leur soutirer de l’argent et de les exploiter au combat", explique notre Observatrice. Le 7 mars, un centre où se trouvaient plus de 2 000 personnes est incendié. Des centaines de migrants y périssent. Puis, le 12 avril, un groupe de 50 personnes décède dans le naufrage d'une embarcation dans le golfe d’Aden.

>> RELIRE SUR LES OBSERVATEURS - Yémen : traqués, emprisonnés, déplacés, la vie impossible des réfugiés éthiopiens

Quant à ceux qui sont parvenus en Arabie Saoudite, ils ont été nombreux à être arrêtés.

Avril - Roraima Sol, Brésil : les terres indigènes sous la menace des "garimpeiros"

Au printemps, le Conseil indigène de Roraima (CIR) sonne l’alarme, photo aérienne à l’appui : des orpailleurs illégaux, appelés "garimpeiros", continuent de s’installer sur des terres indigènes dans cet État du nord du Brésil où vivent près de 20 000 autochtones. Les orpailleurs sont encouragés ouvertement par le président Jair Bolsonaro, alors que l’exploitation des minerais sur ces terres est interdite. Notre Observateur, membre du CIR, s’inquiète des conséquences environnementales mais aussi culturelles de ce phénomène : "Certaines familles indigènes qui vivaient de leurs activités, comme l'agriculture, se retrouvent influencées par la propagande du "garimpo" jusqu’à y voir l'unique alternative", dit-il.

>> RELIRE SUR LES OBSERVATEURS - Brésil : dans l’État de Roraima, l'invasion continue des terres indigènes par les mineurs illégaux

16 mai - Téhéran, Iran : un long plan-séquence dans la rue des toxicomanes

Pendant deux minutes, un habitant du quartier de Shush, dans le sud de Téhéran, déambule dans une rue où sont assis, côte à côte, des consommateurs d'héroïne et d’amphétamines : cette vidéo révèle le phénomène croissant de l’addiction aux drogues en Iran, en marge des difficultés économiques du pays. "Souvent, ces consommateurs se regroupent à plusieurs, pour des raisons de sécurité ou pour des raisons économiques. Au bout d’un moment, ils forment comme une famille les uns pour les autres. Se regrouper leur permet d’accéder plus facilement à la drogue, les dealers n’ayant qu’à se rendre à un seul endroit", explique notre Observateur, spécialiste des addictions en Iran.

>> RELIRE SUR LES OBSERVATEURS - Iran : une vidéo révèle le problème croissant de la toxicomanie de rue

En février, d’autres vidéos marquantes illustraient une autre facette de l’enjeu de la drogue en Iran : elles montraient l’intérieur de centres où sont organisées des cures de désintoxication violentes, faites d’humiliation et de sévices, que des familles imposent à leurs proches toxicomanes, et qui s’avèrent particulièrement inefficaces.

28 juillet, Tataouine, Tunisie - alerte sur les pénuries d’oxygène en Tunisie

Le Covid-19 continue de sévir et en juillet, la Tunisie fait face à un important rebond. Les hôpitaux n’ont pas les moyens d’y faire face : à Tataouine, dans le sud du pays, un médecin a lui-même organisé une cagnotte pour faire venir des bouteilles d’oxygène, alors que l'hôpital avait passé 40 heures sans oxygène les 20 et 21 juillet. Il filme les achats qu’il a pu réaliser pour limiter les dégâts dans son établissement.

>> RELIRE SUR LES OBSERVATEURS - À l'hôpital de Tataouine, des médecins obligés d'acheter eux-mêmes l’oxygène

28 septembre - Hérat, Afghanistan : les corps de quatre hommes tués par les Taliban pendus à une grue en place publique

En s’emparant de Kaboul avec une facilité déconcertante le 5 août, les Taliban ont repris le pouvoir en Afghanistan, vingt ans après en avoir été chassés par l’intervention menée par les États-Unis. Des images amateur documentent largement le chaos de l’évacuation à l’aéroport de Kaboul et les premières violences commises par les nouvelles autorités. Mais fin septembre, une image échappe en partie à l’attention médiatique, mais pas à nos Observateurs : à Hérat, des camions paradent avec les corps de quatre ravisseurs arrêtés et tués par des forces de sécurité talibanes. Ils sont ensuite exposés, pendus à des grues, sous les hourras de la foule. Le but des Taliban : prouver que leur arrivée rime avec le retour de la sécurité.

Notre Observateur, qui ne porte pas les Taliban dans son cœur, explique : "Je connais beaucoup de gens qui détestent les Taliban mais n’en peuvent plus de l’insécurité, et soutiennent leur façon de traiter ces criminels. Mon père, par exemple, quand je lui ai montré les vidéos, a dit : 'Ils le méritent.' Et pourtant, il déteste les Taliban."

>> RELIRE SUR LES OBSERVATEURS - Afghanistan : à Herat, les corps de quatre ravisseurs pendus à une grue sous les hourras d’habitants

14 octobre - Beyrouth, Liban : le spectre de la guerre civile, conclusion d’une année cauchemardesque

Des francs-tireurs postés sur les toits, des tirs au lance-roquette, des rafales d’armes automatiques : à Beyrouth, le 14 octobre, le spectre de la guerre civile (1975-1990) est bien là, alors que des affrontements armés éclatent en marge d’un rassemblement des partisans des mouvements chiites Amal et Hezbollah qui demandaient la démission d’un juge dans l’affaire de l’explosion du port de la capitale. Des tirs sont échangés, six personnes sont tuées.

Une vidéo en particulier émerge de cette journée, celle d’un sniper posté sur le toit d’un immeuble, au moment où il tire.

Notre Observatrice, qui a été chercher dans la panique ses enfants à l’école, à quelques centaines de mètres des tirs, a un mauvais pressentiment : "Quand on a connu la guerre civile et qu’on voit ça, je peux vous dire qu’on a un instinct qui nous fait penser que ça peut arriver à nouveau."

>> RELIRE SUR LES OBSERVATEURS - Affrontements armés à Beyrouth : “Le terrain est fertile pour une guerre civile”

Ces violences armées interviennent alors que le Liban s’est enfoncé en 2021 dans une crise économique sans précédent, marquée notamment par des pénuries dans les supermarchés et les stations services, qui ont généré de vives tensions et des violences entre Libanais.

10 novembre, Mali ou Centrafrique - Wagner entraînerait-il déjà des soldats maliens ?

Après la révélation par l’agence Reuters de négociations entre le Mali et la société de sécurité privée russe Wagner, des images circulent et prétendent montrer que la coopération entre Bamako et les mercenaires russes aurait déjà commencé. Deux photos sont notamment partagées. On y voit un homme blanc semble entraînant deux soldats portant l’écusson des Forces armées malienne sur leur uniforme.

Notre rédaction mène l’enquête. S’il n’est pour l’heure toujours pas possible de connaître avec certitude le contexte dans lequel ont été prises ces photos, de très forts doutes existent : le décor ressemble fortement à l’ancien palais de l'ex-empereur centrafricain Bokassa, près duquel sont établis des militaires russes, et la diffusion de cette photo semble clairement avoir été coordonnée par des comptes pro-russes ou hostiles à la présence française au Mali.

>> RELIRE SUR LES OBSERVATEURS - Des mercenaires Wagner entraînant (déjà) des soldats maliens : deux photos et des doutes

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