«L’alliance entre les États-Unis et la Corée du Sud va au-delà de la menace nord-coréenne»

À bord de son avion «Air Force One», Joe Biden est arrivé ce vendredi 20 mai en Corée du Sud. C’est sa première tournée en Asie en tant que président des États-Unis. Face à la Chine, Joe Biden compte affirmer les ambitions américaines dans la région. Mais l’ombre d’un essai nucléaire nord-coréen plane sur ce voyage. Décryptage avec Antoine Bondaz, directeur du programme Corée à la Fondation pour la recherche stratégique.

RFI : Selon Washington, la Corée du Nord pourrait profiter de cette visite de Joe Biden pour envoyer un signal fort. Malgré la vague de Covid-19 dans le pays, « les préparatifs d'un essai nucléaire sont terminés et [les Nord-Coréens] ne cherchent que le bon moment » pour le réaliser, estime-t-on à Séoul. Le dictateur Kim Jong-un osera-t-il une telle provocation ?

Antoine Bondaz : Il n’est pas du tout inconcevable d’imaginer que la Corée du Nord cherche à envoyer un message fort aux États-Unis et à provoquer les Américains, dans le but de reprendre les négociations là où elles se sont arrêtées en 2019. Il faut bien comprendre que la Corée du Nord n’a jamais cessé ses essais balistiques depuis maintenant trois ans, qu’elle a multiplié ses essais balistiques à courte portée et qu’elle a également réalisé un essai de missile à longue portée, le premier depuis 2017.

Réaliser un essai en ce moment enverrait alors un message extrêmement fort aux États-Unis, pour dire que non seulement le programme balistique se poursuit en Corée du Nord, mais aussi pour faire comprendre que Pyongyang n’est pas en position de faiblesse malgré la vague de Covid-19 qui submerge le pays en ce moment.

Si cela devait arriver, quelle pourrait être la réponse des États-Unis ?

Ce qui est clair, c’est que la réaction de Washington serait tout aussi déterminée. Évidemment, il s’agirait en premier lieu d’une réponse diplomatique avec une condamnation et potentiellement des sanctions supplémentaires. Mais il y aura aussi une réponse militaire, puisque tout essai pendant la visite de Joe Biden ou même en dehors de cette visite entraînerait le redéploiement d’une partie des forces américaines dans la région, afin de démontrer la détermination américaine à faire face à toute menace, si une telle menace devait se concrétiser.

Au lieu de se rendre dans la zone démilitarisée entre les deux Corées, le président Biden a entamé, dès son arrivée, une visite dans une usine de semi-conducteurs du géant Samsung avec son nouvel homologue sud-coréen Yoon Suk-Yeol. La Corée du Sud représente environ 70% de la production mondiale de ces composants. S’agit-il d’un enjeu de taille au moment où la chaîne d'approvisionnement connaît des couacs ?

C’est en effet très symbolique que le président Joe Biden ne soit pas allé dans la zone démilitarisée entre les Corées, là où étaient allés l’ensemble des autres présidents américains en exercice. Biden, lui, est allé visiter cette usine de Samsung. Le message est que l’alliance avec la Corée du Sud va au-delà de la menace nord-coréenne, elle s’intègre dans la défense des valeurs communes. Mais c’est aussi un partenariat sur la question des hautes technologies, à un moment où les États-Unis, par rapport à Taïwan ou encore la Corée du Sud, cherchent à former une sorte de « camp occidental » face à la Chine, y compris dans le domaine technologique.

Qu’est-ce que le président sud-coréen Yoon Suk-yeol peut attendre de cette visite ?

Cette visite tombe extrêmement bien pour le nouveau président sud-coréen. D’abord, il est au pouvoir depuis moins de deux semaines. Deuxièmement, il est très symbolique que Joe Biden se rende d’abord à Séoul et seulement ensuite à Tokyo. L’objectif pour Yoon Suk-yeol est de montrer que sous son mandat, il y aura un rapprochement avec les États-Unis, face à la Corée du Nord, mais plus largement aussi face à la Chine. L’objectif de la Corée du Sud est de renforcer cette alliance avec les États-Unis, sans pour autant chercher la confrontation avec la Chine.

Mardi 24 mai, les dirigeants des États-Unis, de l’Inde, du Japon et de l’Australie se réunissent à Tokyo pour un sommet du « Quad », ce forum de dialogue sécuritaire. Feront-ils preuve d’unité face à la guerre en Ukraine alors que l’Inde refuse toujours de condamner l’invasion russe ?

Évidemment, la position ambiguë de l’Inde face à la guerre en Ukraine limite la coopération dans ce format-là. Il est peu probable qu’il y ait un communiqué commun du Quad extrêmement critique de la Russie. L’Ukraine sera abordée, mais il faudra regarder de près les éléments de langage dans la déclaration commune.

Ce rapprochement entre les pays qui forment le Quad est né d’abord d’une inquiétude commune face à la Chine. Évidemment, ce partenariat va s’intensifier et se diversifier. On a vu que depuis l’arrivée au pouvoir de Joe Biden, les questions d’infrastructures ou de production de vaccins sont désormais traitées au niveau du Quad.

L’autre question qui se posera lors de cette réunion : la Corée du Sud, qui cherche la proximité avec les États-Unis, rejoindra-t-elle à terme le Quad ? Ce qui est plus probable qu’une adhésion, c’est qu’elle s’associera au Quad sur certains sujets d’intérêt commun. On pourrait alors parler non pas d’un « Quad + » mais d’un « Quad X », ouvert aussi à d’autre pays dont justement la Corée du Sud.

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