L’Allemagne va prolonger deux centrales nucléaires et pointe la France du doigt

The Isar Nuclear Power Plant with its cooling tower in Essenbach near Landshut, southern Germany, is pictured on August 4, 2022. - German Chancellor Olaf Scholz on August 3, 2022 raised the possibility of keeping nuclear plants going. Extending the lifetime of the plants has set off a heated debate in Germany, where nuclear power has been a source of controversy. Former chancellor Angela Merkel spectacularly decided to ditch atomic energy in 2011 following the Fukushima nuclear disaster in Japan. (Photo by Christof STACHE / AFP)
CHRISTOF STACHE / AFP The Isar Nuclear Power Plant with its cooling tower in Essenbach near Landshut, southern Germany, is pictured on August 4, 2022. - German Chancellor Olaf Scholz on August 3, 2022 raised the possibility of keeping nuclear plants going. Extending the lifetime of the plants has set off a heated debate in Germany, where nuclear power has been a source of controversy. Former chancellor Angela Merkel spectacularly decided to ditch atomic energy in 2011 following the Fukushima nuclear disaster in Japan. (Photo by Christof STACHE / AFP)

CHRISTOF STACHE / AFP

La centrale nucléaire Isar, ici le 4 août, va devoir tourner cet hiver contrairement à l’engagement de l’Allemagne de se passer de l’énergie nucléaire d’ici fin 2022.

ÉNERGIES - L’Allemagne va devoir patienter encore un peu avant de se passer de l’énergie nucléaire. Berlin a ouvert la voie ce mardi 27 septembre à la prolongation, cet hiver, de l’activité de ses deux dernières centrales, blâmant la France pour son piètre réseau, dans un contexte de pénurie d’énergie orchestrée par la Russie après l’invasion de l’Ukraine.

Début septembre, le gouvernement du social-démocrate Olaf Scholz, au sein duquel siègent des écologistes, était déjà revenu sur la fermeture définitive de deux des trois réacteurs du pays prévue pour fin 2022. Il s’agissait alors de les maintenir « en veille » jusqu’au printemps 2023 et de ne les utiliser qu’en dernier recours seulement, en cas de situation d’urgence énergétique.

Mais Berlin va désormais plus loin, affirmant que la situation chez son voisin français, qui a fait depuis toujours du nucléaire une source majeure de son approvisionnement, « n’était pas bonne et s’est considérablement détériorée les semaines passées ».

« La situation en France plus mauvaise que prévue »

Comme début septembre, c’est au ministre allemand de l’Économie, l’écologiste Robert Habeck, qu’est revenue la tâche d’annoncer cette décision. Pour assurer l’approvisionnement énergétique en Allemagne, « la centrale Isar 2 (près de Munich) et celle de Neckarwestheim (sud-ouest) vont probablement rester branchées au premier trimestre 2023 », en raison de « la situation en France plus mauvaise que prévue », a-t-il dit lors d’une conférence de presse.

« En tant que ministre responsable de la sécurité énergétique (...) je considère que c’est nécessaire », a ajouté Robert Habeck. Une position difficile car son parti, les Verts, s’est toujours battu contre l’atome dans un pays opposé depuis longue date à cette forme d’énergie.

Quelque 25 réacteurs - sur les 56 que compte le parc français - sont indisponibles en raison d’opérations de maintenance ou de problèmes de corrosion. EDF a promis leur redémarrage graduel d’ici à février. Par conséquent, « il y a un manque de volumes d’électricité, que l’Allemagne compense en partie avec de l’électricité provenant de centrales au gaz », a expliqué le ministère de l’Économie à Berlin.

Un coup dur pour les écologistes

S’appuyant sur les scénarios électriques pour l’hiver, présentés par la France le 14 septembre, Robert Habeck a estimé que la situation était pire que ce qui était prévu jusqu’ici. Enfonçant le clou, il a affirmé que « par le passé, les affirmations de l’exploitant EDF s’étaient avérées souvent trop positives ».

Le parti écologiste de Robert Habeck est sous la pression des Libéraux (FDP), le troisième parti de la coalition au pouvoir. Le chef du groupe parlementaire des libéraux, Christian Dürr, a salué l’annonce du ministre de l’Économie : « C’est un pas dans la bonne direction », a-t-il dit, au groupe de médias Funke. « C’est réjouissant de voir les Verts aller dans la bonne direction », a-t-il ajouté.

Cette concession est un nouveau coup dur pour le ministre écologiste, dont les frictions avec son collègue des Finances, le libéral Christian Lindner, sont de plus en plus patentes. Ce dernier lui réclame également d’abroger une nouvelle taxe sur le gaz devant entrer en vigueur le 1er octobre.

Cette taxe, qui alourdirait de plusieurs centaines d’euros la facture des ménages, doit être reversée aux importateurs de gaz pour les aider à supporter les prix exorbitants des achats destinés à remplacer le gaz russe. La presse allemande affirme que le ministre de l’Économie est en train de perdre la bataille et que la taxe sera supprimée cette semaine.

Recours accru au charbon

Dans un entretien avec le site d’information T-online, Christian Lindner a par ailleurs plaidé pour que « les trois centrales allemandes restent branchées pour fournir de l’électricité ».

Jusqu’ici, le gouvernement allemand a renoncé à prolonger la troisième et dernière centrale nucléaire encore exploitée, à Emsland (Basse-Saxe), située dans le nord du pays. Elle ne sera pas non plus placée en situation « de veille ».

Le nucléaire produit actuellement 6 % de la production nette d’électricité en Allemagne. Le calendrier de sortie du nucléaire avait été décidé par Angela Merkel après la catastrophe de Fukushima, au Japon, en 2011.

Face à la menace d’une pénurie d’énergie cet hiver, le gouvernement allemand a déjà décidé d’un recours accru au charbon, une énergie particulièrement polluante.

Comme dans d’autres pays de l’UE, la hausse des prix nourrit l’inquiétude de la population et les appels à manifester, essentiellement à l’initiative de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, inquiètent le gouvernement allemand.

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