Rupture entre Rabat et Alger: l’Algérie annonce qu’elle pourrait se passer du gazoduc Maghreb-Europe

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Deux jours après avoir rompu les relations diplomatiques avec le Maroc, l’Algérie annonce qu’elle pourrait se passer du gazoduc Maghreb-Europe, une infrastructure gazière vitale pour l’économie marocaine.

Alors que le personnel diplomatique fait ses valises, car c’est aujourd'hui que l’ambassade du Maroc en Algérie ferme ses portes, un nouvel épisode vient exacerber les tensions entre les deux voisins d’Afrique du Nord.

L’Algérie a annoncé qu’elle pourrait se passer du gazoduc Maghreb-Europe. Cette infrastructure extrêmement importante pour l’économie marocaine relie l'Algérie à l’Europe en passant par le Maroc depuis 1996. Avec une capacité de 13 milliards de m3, le gazoduc Maghreb-Europe achemine tout d’abord du gaz afin d’alimenter la production d’électricité marocaine puis livre ensuite l’Espagne. Pour le Maroc, le gaz algérien est essentiel. Il permet au royaume d'alimenter ses centrales et de produire 17% de son électricité. Il permet aussi aux autorités de remplir les caisses en touchant des taxes lié au transit vers l'Espagne. Après la diplomatie, Alger s'attaque donc au nerf de la guerre : les ressources énergétiques.

« Je pense qu’on est au-delà du bluff, et qu’on est réellement dans des jeux de pouvoir entre l’Algérie et le Maroc », analyse le directeur de Géopolia, Philippe Sébille-Lopez, spécialiste des enjeux pétroliers et gaziers.

« C’est là tout l’enjeu du bras de fer entre les deux pays »

Lors d'une rencontre avec l'ambassadeur d'Espagne, le ministre algérien de l'Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a affirmé « l'engagement total de l'Algérie à couvrir l'ensemble des approvisionnements de l'Espagne en gaz naturel à travers le Medgaz » qui relie directement les deux pays, selon un communiqué du ministère rapporté par APS.

Le contrat entre l’Algérie et le Maroc arrivant à échéance fin 2021, « par anticipation, les Algériens avaient décidé d’augmenter les capacités de l’autre gazoduc qui va lui aussi vers l’Espagne, mais directement à partir de l’Algérie à travers la Méditerranée », rajoute le spécialiste.

Fermer les vannes au Maroc serait un coup dur pour le royaume de la part de l’Algérie. « Les Algériens prétendent qu’ils vont pouvoir maintenir l’approvisionnement gazier de l’Espagne sans passer par le Maroc dorénavant, et c’est là tout l’enjeu du bras de fer entre les deux pays Algérie-Maroc. Donc, on joue sur des registres stratégiques très clairement », conclut Philippe Sébille-Lopez.

Depuis le début de la crise, Rabat a toujours fait profil bas sur cette question du gaz et affirmé, encore récemment, souhaiter la prolongation du contrat gazier avec l'Algérie.

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