« L’affaire Litvinenko » : l’histoire vraie derrière la série avec David Tennant

TÉLÉVISION - Un poison hautement radioactif, une enquête pour meurtre qui démarre avant même que la victime ne décède, déclenchant une affaire d’État entre le Royaume-Uni et la Russie… Tous les éléments étaient réunis pour faire de la mort d’Alexandre Litvinenko un feuilleton policier haletant. La série Meurtre au Polonium : L’affaire Litvinenko, diffusée ce jeudi 19 janvier à 21h10 sur M6, n’a pourtant rien d’une fiction.

Elle raconte la vraie histoire d’un ancien agent des services secrets russes, empoisonné en 2006 à Londres au polonium-210, une substance radioactive extrêmement toxique. Sur son lit d’hôpital, Alexandre Litvinenko accuse Vladimir Poutine d’avoir orchestré la tentative d’assassinat. Après vingt-deux jours de souffrances et d’entretiens avec la police, il meurt le 23 novembre 2006.

Le monde entier découvre alors son visage, sur un cliché devenu tristement célèbre. Il apparaît amaigri, le crâne chauve, et devient connu comme « l’ex-espion russe qui a résolu son propre meurtre ». Alexandre Litvinenko, dit « Sasha », n’était pourtant pas un espion. Il avait travaillé au FSB, le service de renseignements de la Russie qui a succédé au KGB, dans la lutte contre le crime organisé.

En 2000, il avait fui son pays après s’être fait renvoyer pour avoir dénoncé la corruption du gouvernement et la tentative d’assassinat de l’oligarque Boris Berezovsky. Avec sa femme et leur fils Anatole, ils avaient obtenu l’asile politique au Royaume-Uni, où il travaillait pour le MI6. Quelques semaines à peine avant sa mort, la famille avait obtenu la nationalité britannique.

Alexandre Litvinenko et David Tennant
Natasja Weitsz/Getty Images - ITV STUDIOS FOR ITVX Alexandre Litvinenko et David Tennant

Meurtre au Polonium : L’affaire Litvinenko nous fait revivre le jour de son empoisonnement, le 1er novembre 2006, et se termine dix ans plus tard en janvier 2016, lorsque Theresa May reconnaît publiquement la responsabilité de Vladimir Poutine dans le meurtre d’Alexandre Litvinenko.

Pour Marina Litvinenko, sa veuve, la mini-série de quatre épisodes relève « presque du documentaire » tant elle est fidèle à la réalité. Son créateur George Kay (connu pour la série Lupin), s’est d’ailleurs inspiré du documentaire Hunting the KGB Killers, diffusé en 2017 à la télévision publique britannique.

David Tennant est Alexandre Litvinenko

C’est l’acteur britannique David Tennant qui endosse le rôle d’Alexandre Litvinenko. « Il ne s’agissait pas juste d’un défi pour sa carrière », a expliqué Marina Litvinenko lors d’une conférence de presse à laquelle Le HuffPost a assisté.

« Il voulait vraiment faire passer le message que Sasha a essayé de faire passer quand il était vivant ». Selon elle, la star de Doctor Who n’est « pas seulement un grand acteur » mais surtout « un être humain extraordinaire ».

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Même si les adaptations au cinéma ou à la télévision sont « évidemment une façon dangereuse de parler de sa vie personnelle », elle voit la série comme un moyen de rafraîchir la mémoire collective, à l’heure où Vladimir Poutine est plus puissant que jamais.

« Je me suis rendu compte que David Tennant amènerait une nouvelle génération de téléspectateurs qui n’ont peut-être jamais entendu parler de l’histoire de mon mari », développe-t-elle. Elle espère que la série aidera les plus jeunes « à mieux comprendre ce qu’il s’est passé avant, et ce qu’il se passe encore maintenant avec l’Ukraine ».

17 ans plus tard, le crime reste impuni

Pour Marina Litvinenko, l’assassinat de son mari n’est « qu’un chapitre de ce long coup d’État, de ce qui est reproché au régime de Vladimir Poutine : la guerre en Géorgie, la guerre en Ukraine, l’assassinat de leaders de l’opposition, l’empoisonnement de personnes en Europe ».

Elle est persuadée que le seul moyen de changer les choses en Russie est d’agir en Ukraine : « Quand l’Ukraine vaincra, avec l’aide des autres pays, on pourra voir une Russie différente, une nouvelle Russie, capable de répondre de ses crimes, et je pourrai obtenir ma justice ».

Photo
Firecracker Films/PASSION / Firecracker Films/PASSION

Marina Litvinenko n’a jamais abandonné son combat. En 2014, elle a obtenu l’ouverture d’une enquête publique sur la mort de son mari. Un juge britannique a conclu en 2016 que les Russes Dmitri Kovtoun et Andreï Lougovoï avaient bien empoisonné la théière de l’hôtel Millennium au polonium-210, avant leur rendez-vous avec Alexandre Litvinenko.

Les conclusions de l’enquête précisent qu’ils ont agi sur ordre du FSB et que Vladimir Poutine a « probablement approuvé » la tentative d’assassinat. En septembre 2021, la Cour européenne des droits de l’homme a également jugé le gouvernement russe « responsable » de la mort d’Alexandre Litvinenko.

Mais Moscou a toujours rejeté ces accusations, et aucun des deux hommes n’a pu être extradé. Dmitri Kovtoun est décédé des suites du Covid en juin dernier, Andreï Lougovoï siège toujours comme député.

Une enquête policière hors normes

Si l’ombre de Poutine plane évidemment sur Meurtre au Polonium : L’affaire Litvinenko, la série se concentre surtout sur l’enquête policière hors norme qui a suivi sa mort. David Tenant n’apparaît d’ailleurs que dans l’épisode 1, contrairement aux personnages des enquêteurs Clive Timmons et Brent Hyatt, joués par Mark Bonnar et Neil Maskell.

Pendant son hospitalisation, et alors que son état se dégradait de jour en jour, ils ont interrogé Alexandre Litvinenko sans relâche pour tenter de comprendre s’il avait bien été empoisonné, et si oui, par qui et comment.

Pour Marina Litvinenko, il était important que la série « montre à quel point ça a été difficile pour les policiers, c’était difficile rien que d’y croire ». Personne n’avait jamais été empoisonné par radiation jusqu’alors, et le polonium-210 n’a été identifié que six heures avant qu’Alexandre Litvinenko ne succombe.

David Tenant et Margarita Levieva
ITV STUDIOS / ITV STUDIOS David Tenant et Margarita Levieva

Jusqu’au bout, il a aidé à faire avancer l’enquête de son propre meurtre. Le soir de la mort de son mari, Marina Litvinenko se rappelle le choc et l’émotion des policiers présents à l’hôpital : « Brent Hyatt m’a dit ‘‘Marina, Sasha est l’un des nôtres. Et nous allons enquêter sur cette affaire comme si un policier était mort’’ ».

Marina Litvinenko et les enquêteurs sont restés proches, liés à vie par ces dernières semaines passées ensemble au chevet de son mari, comme le montre la série. La scène finale s’inspire d’ailleurs d’une belle anecdote qu’elle a confiée au HuffPost : « Lorsque Brent Hyatt est venu à l’enquête publique en 2015, il m’a annoncé que sa femme était enceinte de jumeaux et qu’ils avaient donné Alexandre comme deuxième prénom à l’un des bébés ».

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