L’admirable résistance du centre d’études islamiques transgenre en Indonésie

Deux feuilles de papier jauni notifiant le rejet des transgenres par le fiqh [droit musulman] sont affichées sur le mur du bâtiment principal de la pesantren [centre d’études islamiques dans la tradition soufie indonésienne] transgenre Al-Fatah à Kotagede, la vieille ville de Yogyakarta. La lettre, datée du 9 février 2016, envoyée par le Front du djihad islamique local (FJI), enjoint tous les musulmans à refuser toute forme de légalisation des LGBT.

Pour la cheffe de la pesantren transgenre, Shinta Ratri, et soixante de ses étudiantes, cette lettre a laissé un profond traumatisme. Le 16 février 2016, des membres du FJI et de la police ont apposé des scellés sur cette institution islamique. Cet incident a forcé la pesantren à faire le mort pendant trois mois. Dans une atmosphère de terreur, les étudiantes transgenres pratiquaient en secret. Certaines se sont fait couper les cheveux court pour éviter d’être reconnues. Elles craignaient d’être attaquées dans la rue. “Il a été difficile de les convaincre de revenir à Al-Fatah parce qu’elles avaient peur”, raconte Shinta.

Ce 20 novembre 2021, elle a accroché la lettre au milieu de l’exposition photo qui commémore la journée internationale du souvenir trans, en mémoire des personnes transgenres tuées dans le monde à cause des phobies et de la haine. « Cette exposition documente toutes les activités de notre centre afin de montrer au public qu’Al-Fatah a survécu au milieu d’une série de discriminations et d’atteintes à la liberté de culte » explique Shinta.

Depuis 2019, les étudiantes et les enseignantes de cette pesantren transgenre ont recherché le soutien de divers cercles comme stratégie de lutte contre la haine. Elles ont rencontré Sinta Nuriyah, l’épouse de l’ancien président Abdurrahman Wahid alias Gus Dur [le premier président élu démocratiquement en 1999, après la chute de la dictature] ainsi qu’une personnalité du conseil d’administration du Nahdlatul Ulama [la plus grande organisation musulmane d’Indonésie, de tradition soufie] Kiai Imam Aziz, et d’autres leaders religieux progressistes. Selon Shinta, ces rencontres ont eu le mérite de dissiper l’idée que la communauté transgenre était fermée sur elle-même et ne voulait pas dialoguer.

[...] Lire la suite sur Courrier international

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles